14/15 février 2019 – Antoine Girard survole l’Aconcagua… en parapente


Lorsqu’on évoque le vol en montagne, on pense le plus souvent aux aéronefs à voilure fixe, autrement dit les avions. Cela peut sembler logique, mais c’est un peu court et très réducteur. Le fait est qu’il existe plusieurs manières de se mouvoir dans les airs en milieu montagneux, aussi bien avec un moteur que sans aide mécanique et que le fait de ne pas disposer de cette dernière requiert une virtuosité certainement bien plus grande. C’est pourquoi Pilote de montagne (PDM) s’intéresse (aussi) au développement du parapente, un moyen de déplacement à l’avenir toujours prometteur, dans les Alpes et ailleurs.

Aujourd’hui, intéressons-nous aux exploits du parapentiste drômois Antoine Girard qui, les dimanche 14 et lundi 15 février 2016, a survolé deux fois l’Aconcagua puis a terminé la traversée de la Cordillère des Andes en atterrissant à Mendoza (en Argentine).

FORMATION

Né le dimanche 18 novembre 1979 à Valence (26/Drôme), Antoine Girard pratique dès son enfance de nombreux sports de nature. Titulaire d’un CAPET d’informatique et enseignant à l’Université de Grenoble Alpes, il mène de front une carrière de grimpeur de haut niveau en participant à des compétitions mondiales, et d’alpiniste spécialiste des voies de grandes difficultés (de niveau ABO, niveau de difficulté maximum en escalade : ABOminable…).

PREMIÈRES EXPÉRIENCES ET DIFFICULTÉS HIMALAYENNES

À 25 ans il entame une carrière d’Himalayiste, principalement dans la région du Karakoram. Cependant, cette période de sa carrière est marquée par la malchance : expédition au Cho Oyu en 2004 (8 201 m), pendant laquelle son compagnon tombe malade, ce qui contraint l’expédition à l’abandon, à 7 500 m d’altitude ; expédition au K2 (8 611 m) en solitaire en 2006, pendant laquelle il abandonne sous le sommet après avoir tracé et équipé seul la partie haute de la voie afin de préparer la route à la célèbre cordée italienne de Nives Meroi et Romano Benet, qui le suit à 24 heures).

En 2008, Antoine Girard intègre le parapente dans sa pratique de l’himalayisme, dans un mode élémentaire et classique : la redescente à l’aide d’un parapente ultra léger. Il projette une trilogie de trois 8 000[vi] (en compagnie autonome d’Elisabeth Revol) : Broad Peak, Gasherbrum I, Gasherbrum II. Il doit être évacué depuis le Broad Peak suite à une crise d’appendicite aiguë.

En 2009, nouvelle tentative au Broad Peak, mais il est contraint de redescendre et décolle en parapente depuis l’altitude 7 200 m.

Dès lors, il se consacre principalement au parapente en devenant spécialiste des vols de longue distance, découvrant de nouveaux itinéraires (première du tour du Vercors, 3e de la Coupe fédérale de distance de la FFVL 2014) et se spécialise dans les compétitions de type « marche et vol ». Il obtient deux victoires à l’Air Tour en 2011 et 2014. Sélectionné pour la “Red Bull X-Alps”, qui est le championnat du monde des compétitions « marche et vol », il remporte la 3e place en 2013 et la 4e place en 2015 (voir Parapente Magazine de juin 2016, le Dauphiné Libéré des vendredi 3 juillet et vendredi 14 août 2015).

LES SUCCÈS DE 2015 ET 2016

Après voir fait ses preuves, Antoine Girard enchaîne les succès en réalisant d’impressionnants raids au cours desquels il survole des chaînes de montagne parmi les plus mythiques.

Nouvelle-Zélande

Ainsi, en décembre 2015, Benoît Outters et Antoine Girard réussissent une première sauvage et originale, la traversée en « marche et vol » de l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande, soit une distance de 600 km, en solitude et autonomie complète. Arrivés au terme de leur plan initial, ils réalisent le retour et parcourent donc, au total, une distance de 1 200 km.

Himalaya

Cependant, c’est dans le Karakoram, région himalayenne qu’il connaît déjà bien, qu’Antoine Girard accomplit sa plus belle performance. Parti seul et en autonomie de Skardu, il parcourt en 20 jours la distance de 1 200 km entre le Nanga Parbat, à proximité de la frontière afghane, et le Baltoro, en direction des zones contestées avec l’Inde. Il bivouaque à des altitudes moyennes de 5 000 m, avec deux escales de ravitaillement à Karimabad.

Arrivé au pied des 8 000 de Concordia (zone de confluence des glaciers du Baltoro et Godwin-Austen, le samedi 23 juillet 2016, il décolle à 5 000 m. C’est un endroit impressionnant entouré par plusieurs sommets de 8 000 m d’altitude (y compris le majestueux K2). Il réussit à gravir le Broad Peak (8 047 m) en passant au-dessus des cordées en route par la voie terrestre, survole le sommet et atteint, avec sa voile GIN GTO 2 (et avec bouteille à oxygène) l’altitude de 8 157 m, performance mondiale jamais atteinte d’ascension volontaire en vol par un pilote de parapente. À l’issue de ce vol de sept heures, pendant lesquelles il parcourt 120 kilomètres, il revient se poser à proximité de Skardu.

Voici le récit qu’Antoine Girard fait de son vol :

« Après 50 km de vol, j’arrive à l’issue d’une longue transition sur le Broad Peak à 5 740 m, de petits cumulus sont à 6 800 m. Les thermiques s’installent doucement. Le plafond monte à 7 000 m et me permet d’attaquer les parois rocheuses et trouver d’autres thermiques au-dessus des nuages. Le vent est faible voire inexistant jusqu’à 7 500 m. Au-dessus de 8 000 m, le vent devient conséquent (50 km/h ???) et orientée au nord. Il n’est pas possible de faire du soaring sur cette crête orienté nord-sud. Je quitte le thermique vers 8 100 m car j’ai tous les doigts gelés, il était certainement possible de monter à plus de 8 300 m. Je fais deux allers-retours sur la crête pour les images et je pars (fuis) vers un oxygène plus abondant et 70 km de vols. »

Pour cette performance, il est nommé aventurier de l’année par le magazine américain National Geographic en janvier 2017. Il poursuit sa carrière en inventant des itinéraires inédits où se combinent alpinisme de haute difficulté et performance en parapente : le Combo Vol Alpinisme (le combo étant la combinaison de plusieurs disciplines).

Aconcagua

Les jeudi 14 février 2019, il survole l’Aconcagua (6 962 m), point culminant du continent américain. Décollant des hauteurs surplombant Santiago-du-Chili, après un premier survol du sommet, il se pose sous celui-ci, vers 6 500 m d’altitude, pour installer un bivouac. Le lendemain, il redécolle, effectue un nouveau survol du sommet et gagne les plaines argentines de la région de Mendoza, réalisant ainsi la première traversée de la Cordillère des Andes en parapente. Au passage, il établit le record de gain d’altitude en un seul vol, soit 5 854 m.

 

Style alpin et autonmie

En montagne, l’appréciation des performances nécessite la connaissance des conditions dans lesquelles celles-ci sont réalisées. Les performances décrites ici ont été réalisées en « Style Alpin », sans apport d’oxygène en cordées autonomes voire en solitaire et sans avoir recours à des porteurs, ou des sherpas pour ce qui concerne l’himalayisme, et en autonomie, sans moyen mécanique pour le parapente.

ÉPILOGUE

Lorsqu’on consulte les relevés des différents parcours effectués par Antoine Girard, on ne peut qu’être admiratif des risques encourus à des altitudes que peu d’aviateurs de montagne peuvent rêver d’atteindre un jour. Les défis aérologiques relevés à ces altitudes sont bien dignes d’un « Thoret mont-Blanc » et méritent bien d’être connus d’un plus large public.

En outre, les exploits aériens d’Antoine Girard (et de bien d’autres pratiquants de « marche-voile ») se doublent d’une expertise montagne proprement hors du commun, ce qui les rend encore plus intéressants au plan humain et sportif.

Ce sont en tous cas des exemples qui, à défaut d’être suivis (il faut en avoir les capacités physiques) peuvent inciter le commun des mortels à prendre plus de risques (mesurés) afin de se dépasser. En cela, ce sont véritablement des pionniers du temps présent, capable de susciter les vocations des pionniers du futur…

Compilation réalisée par Bernard AMRHEIN


SOURCES

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