Jorge Antonio Chávez Dartnell (1887-1910) – Pionnier incontesté du vol en haute montagne


Jorge Chávez dans son avion au départ de Brigue…

Pour tous les pilotes de montagne du monde, Jorge Antonio Chávez Dartnell, dit « Géo Chávez », est une figure à la fois mythique et malheureuse d’un art nouveau, le premier aviateur à avoir cherché à grimper dans les airs pour franchir les massifs et ouvrir, ainsi, de nouvelles voies aériennes.

Né à Paris de parents péruviens [1] le 13 juin 1887 [2], il poursuit des études techniques à l’École Violet (École d’électricité et de mécanique industrielles [EEMI] de Paris, aujourd’hui EIGSI), où il décroche un diplôme d’ingénieur en 1909.

Cependant, la passion de Géo Chávez, c’est l’aviation naissante et l’accomplissement de « premières » encore possibles. Après une formation express de dix jours à l’école Maurice et Henry Farman de Bouy, au sud de Mourmelon, dans la Marne, il obtient le brevet de pilote numéro 32 le 13 février 1910.

Dès le 28 février, il parcourt le circuit Mourmelon-Louvercy-Mourmelon en une heure et quarante-sept minutes sur un biplan Farman.

Le 2 mars, il grimpe à 510 mètres, altitude que n’avaient jusqu’alors dépassée que Latham et Paulhan. Peu après, il réussit à atteindre 1 000 m à bord d’un monoplan Blériot. Il faut dire que Géo Chávez n’a qu’une idée en tête. En effet, afin de stimuler l’exploration de nouvelles routes aériennes, les organisateurs de la semaine aérienne de Milan offrent, depuis 1908 déjà, un prix de 80 000 francs or à celui qui, décollant de Brigue, dans le Valais suisse, rejoindrait la capitale de la Lombardie en faisant étape à Domodossola, au Piémont. Un entraînement s’impose.

Du 7 au 15 mai 1910, il participe au meeting Lyon-Aviation sur avion Farman.

Le 8 septembre de la même année, à Issy-les-Moulineaux, il porte le record d’altitude de Léon Morane à 2 582 mètres avec un aéroplane conçu par ce même constructeur.

Fort de ces exploits, reconnaissant le trajet alpin en voiture, Chávez devient franchement nerveux et confie à un ami : « Notre matériel n’est peut-être pas encore mûr pour semblables excentricités ! »

Pourtant, le 23 septembre 1910, profitant d’une éclaircie, il tente la fameuse traversée des Alpes du Sud. Malgré des conditions aérologiques incertaines et bien que ses concurrents renoncent à s’élancer dans la course, Chávez décolle de Ried-Brig aux commandes d’un monoplan Blériot type XI de 50 chevaux baptisé ‘Gypaète’, passe le col du Simplon situé à 2 000 mètres d’altitude et devient, ainsi, le premier pilote à franchir la barrière symbolique des Alpes par la voie des airs.

Cependant, après 42 minutes de vol, arrivant au sud de Domodossola, alors qu’il tente d’atterrir et ne se trouve plus qu’à 20 mètres du sol, les ailes de son avion se brisent et il s’écrase devant le public venu l’attendre. Gravement blessé, ses derniers mots sont : “Arriba, siempre arriba!” [3] (« En haut, toujours plus haut ! »).

Quatre jours plus tard, le 27 septembre 1910, il succombe à une septicémie à l’hôpital San Biagio de Domodossola, à seulement 23 ans, puis est inhumé à Paris à Paris le 1er octobre accompagné d’une foule innombrable venue lui rendre un vibrant hommage.

La dépouille du pilote est finalement transférée à Lima (Pérou) le 12 septembre 1957, où l’aéroport international porte son nom depuis juin1965.

Depuis ce jour fatidique du 23 septembre 1910, une étoile brille au firmament de l’aviation de montagne.

Quelles leçons tirer de cet exploit ?

Certains n’hésitent pas à dire que si Chávez s’est incontestablement comporté en éclaireur, il n’aura pas pu affronter d’autres challenges. Cette attitude sous-entend que, pour vivre vieux, il faut se montrer prudent et mettre toutes les chances de son côté. C’est mal connaître l’esprit pionnier, qui implique de prendre sa part de risque pour réussir quelque chose d’exceptionnel… avant les autres, car la concurrence est rude et acharnée. Esprit sportif et panache…

Pour Chávez, il était capital de remporter ce prix afin de gagner en notoriété, trouver de nouveaux mécènes et se lancer dans de nouvelles aventures, bien plus ambitieuses. N’oublions pas qu’il a bien failli atterrir à Domodossola et qu’il aurait pu, après avoir inspecté son appareil, détecter ses faiblesses et le renforcer, puis rejoindre Milan sans encombre. Célébré en héros, il aurait peut-être relevé d’autres défis en devançant, pourquoi pas, Adrienne Bollard dans la traversée de la Cordillère des Andes. Sa nationalité péruvienne l’aurait peut-être poussé à rechercher la gloire en Amérique du Sud, mais ceci est une autre histoire, digne d’une uchronie qui reste à rédiger…

Au plan technique, il faut bien constater que les aviateurs de l’époque se lancent à l’assaut de la haute montagne presque sans connaissances météorologiques et, surtout, sans maîtriser l’aérologie spécifique à ce milieu. L’exploit malheureux de Géo Chávez servira de leçon à ceux tentés de suivre sa trace. Pour réussir dans ce milieu difficile et parfois (très) hostile, il faut pouvoir compter sur une structure solide, une puissante motorisation et une meilleure connaissance des éléments, tout particulièrement à des altitudes très élevées.

Bernard Amrhein pour Pilote de Montagne


Sources :

https://Jorgechavezdartnell.com

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jorge_Ch%C3%A1vez_Dartnell

http://www.janinetissot.fdaf.org/jt_chavez.htm

https://maisons-champagne.com/fr/encyclopedies/berceau-mondial-de-l-aviation/?centre=04-bio-chavez&menu=11

La grande aventure de l’aviation dans les Alpes, 1784 à nos jours, Collection Media Histoire, Tome 1, Anthony Pinto, Éditions 3d VISION, achevé d’imprimer en octobre 2008 sur les presses de Deux-Ponts : www.deux-ponts.fr / N° ISBN : 9782953310405

[1]   Maria Rosa Dartnell y Guisse et Manuel Chávez-Moreyra.

[2]   À 22 heures (dix heures du soir) à Paris XVIIe selon l’acte de naissance n° 2026.

[3]   Phrase devenue, plus tard, la devise de l’armée de l’Air péruvienne.

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