L’enfer blanc du Piz Palü – Chef-d’œuvre du cinéma de montagne


Spécialiste des films de montagne et en conditions polaires, le cinéaste Arnold Fanck s’adjoint les services de l’As allemand de la Première Guerre mondiale Ernst Udet pour réaliser les premières scènes dramatiques de l’aviation de montagne.

LE FILM

Ainsi, commencé au printemps de l’année 1929, L’Enfer blanc du Piz Palü (Die weiße Hölle vom Piz Palü), rassemble, sur un scénario co-écrit avec Ladislaus Vajda, Georg Wilhelm Pabst réalisant les scènes d’intérieur et supervisant les effets spéciaux), Leni Riefenstahl (dans le rôle de Maria Brandt ) et Gustav Diessl dans le rôle du Dr Johannes Krafft.

Ce film est également connu en France sous le titre Prisonniers de la montagne [1].

Cette œuvre est l’archétype du film de montagne mélodramatique : pendant leur lune de miel, du fait de la négligence du Docteur Krafft, l’épouse de ce dernier a chuté dans une crevasse au cours d’une randonnée sur le Piz Palü.

« Dix ans après les faits, un couple de jeunes mariés, Hans (Ernst Petersen) et Maria Brandt (Leni Riefenstahl), arrivent à une cabane d’alpage près de Saint. Moritz. Ils se rendent compte que le Dr Krafft, obsédé par la mort de sa femme, est toujours à sa recherche. Ils partent ensemble afin d’escalader le Piz Palü, ignorant qu’une tempête s’approche. Piégés dans la montagne et Hans s’étant cassé une jambe, ils sont forcés de passer la nuit sur une petite corniche. Le Dr Krafft, qui avait donné son vêtement à Karl, ne survit pas. Un ami de Hans et de Maria, l’aviateur Ernst Udet, les retrouve et alerte les sauveteurs qui ramènent le couple dans la vallée » [2].

Première de couverture de l’Illustrierter Film – Kurier Nr. 1385.

TOURNAGE 

Les scènes de montagne ont été tournées de janvier à juin 1929 dans les Alpes suisses, dans les massifs de la Bernina et de l’Engadine (tous deux situés dans le canton des Grisons), sur la face nord du Piz Palü et sur le glacier de Diavolezza.

Très esthétiques, voire esthétisées à l’extrême, les scènes extérieures sont tournées à grand renfort d’effets d’ombres et de lumières, comme en témoigne la première de couverture du magazine allemand Film Kurier n° 1385. Elles ont aussi un attrait documentaire sur les méthodes de ski et d’escalade de l’époque, voire un aspect ethnographique en présentant les populations locales sous un éclairage très cru (comme le fera d’ailleurs, en 1932, Leni Riefenstahl dans son film Das blaue Licht [3]). Certaines scènes sont également très spectaculaires, Georg Wilhelm Pabst n’hésitant pas à déclencher des avalanches à l’explosif.

Enfin, les figures de haute voltige d’Ernst Udet au-dessus des glaciers et à proximité des falaises sont littéralement époustouflantes et absolument nouvelles pour l’époque :

  • loopings en arrivant sur la station d’altitude ;
  • atterrissage sur neige et sur roues, certainement pour se coordonner avec la colonne de secours ;
  • décollage avec des skis ;
  • loopings en frôlant les falaises ;
  • parachutages d’effets chauds et autres équipements…

Ces scènes aériennes s’inscrivent dans le scénario au moment où, le groupe étant en perdition et sujet au grand froid sur les contreforts du Piz Palü, on lance des recherches à la fois par la voie des airs et de terre. Arnold Franck monte une séquence de vol de biplan en montagne, avec tentative de parachutage de vivres, séquence qui dure de 1 h 45′ 53″ à 1 h 58′ 16″, c’est-à-dire près de 13 minutes pour un film qui en compte 134, durée très longue pour un film de l’époque.

L’ACCUEIL DE LA CRITIQUE

L’Enfer blanc du Piz Palü (Die weiße Hölle vom Piz Palü) est aussi un film d’aventure. Se déroulant dans un milieu hostile encore très peu fréquenté, voire mystérieux, il allie la pratique du ski et de l’escalade en milieu enneigé tout en explorant une voie nouvelle, celle du pilotage en montagne.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour assurer un succès commercial à une œuvre exceptionnelle. Si les paysages sont sublimes, même en noir et blanc, les acteurs aussi…

Le public est donc facilement conquis, tout comme la critique d’ailleurs. Ainsi, dans Cinémonde, 21 novembre 1929, Lucie Derain note : « La montagne ? Elle est là, mystérieuse et vivante, puissante, allongeant de partout ses ombres bleues, bruissante par le chant de ses sources, le vacarme de ses éboulements, les échos de sa vallée. Dès la première image, on est saisi par la poésie immatérielle qui se dégage de ce décor naturel. Et dans les images harmonieuses, les deux metteurs en scène vont nous faire participer à ce drame pathétique où nous serons, spectateurs, littéralement envoûtés par la fascination de ces tableaux blancs et noirs… C’est tout simplement une merveille, un chef-d’œuvre. »

AVANT-PREMIÈRES/PREMIÈRE

Au final, L’Enfer blanc du Piz Palü (Die weiße Hölle vom Piz Palü) est bien un drame du cinéma muet allemand. Bien que tourné en Suisse, il est projeté en avant-première à Vienne (Autriche) le vendredi 11 octobre avant sa sortie en salles en Allemagne le vendredi 30 octobre, avec le Visa n° 8622.

Il est ensuite présenté à Stuttgart le vendredi 1er novembre, la première officielle en Allemagne ayant lieu le mardi 15 novembre 1929 à l’Ufa[4]-Palast am Zoo à Berlin. Plus de 100 000 spectateurs y ont voient le film pendant les quatre premières semaines de son exploitation.

Bernard Amrhein


FICHE TECHNIQUE :

Titre original : Die weiße Hölle vom Piz Palü

Réalisation : Arnold Fanck / Georg Wilhelm Pabst

Scénario : Arnold Fanck et Ladislaus Vajda

Acteurs principaux :

  • Gustav Diessl : Dr Johannes Krafft
  • Mizzi Götzel : Frau Krafft
  • Ernst Petersen : Hans Brandt
  • Leni Riefenstahl : Maria Brandt
  • Otto Spring : Christian Klucker
  • Ernst Udet : L’aviateur
  • Kurt Gerron : L’homme du bar

Genre : Drame

Durée : 195 minutes

Sortie : 30 octobre 1929

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NOTES :

[1]   http://cinememorial.com/film_1929_-_PRISONNIERS_DE_LA_MONTAGNE_25266.html

[2]   https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Enfer_blanc_du_Piz_Pal%C3%BC#Distribution

[3] Das blaue Licht : https://www.youtube.com/watch?v=2AApTFF08MI

[4] Universum Film AG, désormais UFA GmbH, en abrégé “UFA”, est une société de production et de distribution cinématographique allemande fondée en 1917. D’abord dissoute en 1945, ses actifs situés en République fédérale allemande ont été absorbés en 1964 par Bertelsmann, puis à travers la filiale FremantleMedia, reconstitués en tant que société en 2013.


RÉFÉRENCES

« Dans le film Inglourious Basterds de 2009 réalisé par Quentin Tarantino, les premières vues du cinéma le Gamaar d’Emmanuelle Mimieux, pseudonyme de Shoshanna Dreyfus, montrent, en plein écran et en un lent travelling vertical, la publicité extérieure pour L’Enfer blanc du Piz Palü où l’on remarque particulièrement les noms d’Arnold Fanck, de Georg Wilhelm Pabst et de Leni Riefenstahl, ces deux derniers étant encore cités par après. Cette publicité pour L’Enfer blanc du Piz Palü sera remplacée par celle du film Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot. Peu après, le soldat britannique Archie Hicox, déguisé en officier SS et alors qu’il est interrogé par un véritable officier SS sur son accent allemand insolite, répond que c’est celui de la région du piz Palü et que lui et sa famille ont été figurants dans L’Enfer blanc. »  Cette publicité apparaît à 38’ 15″ du début du film.


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