12 septembre 1943 – Benito Mussolini libéré par les paras-commandos allemands sur le ‘Gran Sasso’


Le dimanche 12 septembre 1943, 10 planeurs militaires DFS 230 allemands se posent, non sans mal, sur le Campo Imperatore, un plateau rocailleux planté à 2 130 mètres d’altitude, dans le massif du Gran Sasso, dans la chaîne des Apennins, région des Abruzzes. La mission des parachutistes de la Wehrmacht et des commandos de la Waffen-SS est simple : il s’agit de libérer le Duce déchu, Benito Mussolini, et de l’amener en Allemagne. Rien moins que cela. Une mission périlleuse étant donné la configuration des lieux, mais pas impossible pour qui le fameux Hauptsturmführer-SS (Capitaine) Otto Skorzeny

CONTEXTE HISTORIQUE

Le samedi 24 juillet 1943, dans un climat politique pesant, une session du Grand Conseil du fascisme se tient en présence du Duce. Elle se conclut, aux premières heures du jour suivant (le dimanche 25 juillet), par l’approbation de l’ordre du jour présenté par Dino Grandi demandant l’abandon des charges du gouvernement, par Mussolini, au profit du roi Victo-Emmanuel III. Mussolini reste apathique, sans réaction. Il avouera par la suite qu’il regrettait de ne pas avoir fait arrêter les dix-neuf membres rebelles. Ce vote est réalisé par les hauts représentants du fascisme, dont le gendre de Mussolini, Galeazzo Ciano. Toutefois, le Grand Conseil n’a aucun moyen de faire exécuter sa décision, qui n’a qu’une portée symbolique, mais qui servira de prétexte constitutionnel à l’action du roi.

Après s’être rendu, comme d’habitude, à son bureau du palais Venezia, Mussolini demande au souverain de pouvoir anticiper à l’habituelle réunion hebdomadaire prévue le jour suivant et arrive à 17 heures à la Villa Savoia. Victor-Emmanuel III informe alors Mussolini de son remplacement par le maréchal Pietro Badoglio, lui garantissant l’immunité. Abandonné de tous, Mussolini n’est cependant pas au courant des réelles intentions du monarque, qui le place sous escorte et fait encercler le bâtiment par deux cents carabiniers.

Le lieutenant-colonel Giovanni Frignani, qui coordonne l’opération, expose téléphoniquement aux capitaines Paolo Vigneri et Raffaele Aversa les modalités d’exécution de l’arrestation. En fait, Victor-Emmanuel III a ordonné l’arrestation de Mussolini afin de sauver sa dynastie, qui risque d’être considérée comme trop compromise avec le fascisme.

Après son arrestation, Mussolini est d’abord enfermé dans une caserne de carabiniers à Rome. Il est ensuite détenu à Ponza, une île au large du Latium (à partir du mardi 27 juillet), puis sur l’île de La Maddalena, en Sardaigne (du samedi 7 au vendredi 27 août 1943). Enfin, Badoglio le fait conduire, dans une ambulance de la Croix rouge, à Campo Imperatore, sur le Gran Sasso, dans les Abruzzes… d’où personne, en théorie, ne pourra l’extraire.

Signé le mardi 8 septembre 1943, l’armistice de Cassibile entre l’Italie et les Alliés est rendu public sans instructions précises aux troupes italiennes, ce qui plonge le pays, déjà à l’abandon, dans la plus grande confusion. Cet armistice est le prétexte à l’invasion de l’Italie par les troupes allemandes qui occupent rapidement l’Italie septentrionale et centrale. L’Italie se divise pour ce qui a été défini comme une guerre civile, entre ceux qui soutiennent les Alliés, qui contrôlent une partie du sud et la Sicile, et ceux qui acceptent de poursuivre la guerre au côté des Allemands, qui occupent désormais une grande partie de la péninsule…

En septembre 1943, toujours assigné à résidence et surveillé par des gardiens, Mussolini tente de se justifier : « J’ai toujours essayé de neutraliser Hitler et de m’entendre avec la France. Lors de l’invasion de l’Éthiopie, Laval a manqué à sa parole en votant les sanctions contre nous et Léon Blum me détestait. »

LE CAMPO IMPERATORE

Le Campo Imperatore est une vaste haute-plaine située entre 1 600 et 1 800 mètres d’altitude, dans le massif des Apennins, près du Gran Sasso, dans la province de L’Aquila, dans les Abruzzes. Elle est longue de 20 km, et large jusqu’à 7 km. Cette haute-plaine est totalement plate, inhabitée et sans arbre, c’est pourquoi on l’appelle souvent le ‘Petit Tibet’. Elle est fermée sur ses quatre côtés. Les principales montagnes qui l’entourent sont le Monte Camicia (2 564 m), le Monte Prena (2 561 m), le Monte Aquila (2 495 m), le Monte Scindarella (2 332 m) et le Monte Bolza (1 904 m).

À proximité se trouvent une station de ski et l’hôtel de Campo Imperatore (pouvant être atteints par un téléphérique), à 2 130 mètres d’altitude.

C’est de là que partent d’importantes excursions sur le Gran Sasso. ʺCampoʺ vient du latin ʺCampusʺ qui signifie « plaine » en français (bien qu’en italien le mot ʺcampoʺ signifie « champ ») et Campo Imperatore n’est pas du tout cultivée. Cette grande haute-plaine fait partie du parc national du Gran Sasso e Monti della Laga.

QUI EST OTTO SKORZENY ?

Né à Vienne (Autriche-Hongrie) le vendredi 12 juin 1908, Otto Johann Anton Skorzeny est issu d’une famille d’origine polonaise aux longues traditions militaires. Sa langue maternelle est l’allemand mais il parle très bien français, anglais et italien. Tout en étant membre d’un corps franc d’étudiants anticommunistes, il devient ingénieur. Il pratique un sport d’étudiants très courant à l’époque, la Mensur, qui consiste en des duels à l’épée avec armure partielle. Ces combats sportifs le marquent de plusieurs cicatrices au visage (des ‘Schmisse’), ce qui lui vaut le surnom de ‘Scarface’ (‘Balafré’) que lui donneront plus tard les Alliés.

Il rejoint le Parti nazi autrichien (Deutsche Arbeiterpartei in Österreich [DAP]) en 1931, puis les Schutzabteilung (SA). Otto Skorzeny joue un rôle mineur lors de l’Anschluss du 12 mars 1938, en protégeant le président autrichien Wilhelm Miklas des nazis, prêts à le tuer.

En 1939, après l’invasion de la Pologne, il se porte volontaire pour servir dans la Luftwaffe, l’armée de l’air allemande, mais ayant dépassé la limite d’âge, il voit sa candidature rejetée. Il s’oriente alors vers les Schutzstaffel (SS), où il rejoint une formation motorisée. Il intègre enfin la 1ère division SS Leibstandarte Adolf Hitler. En avril 1941, il est promu Hauptsturmführer (équivalent de capitaine) avant de participer, dès le dimanche 22 juin, à l’invasion de l’Union soviétique (Opération Barbarossa) où il fait de nombreux prisonniers.

Le mardi 20 avril 1943, il est promu Hauptsturmführer-SS (capitaine) et prend le commandement du Sonderverband z.b.V. ‘Friedenthal’ de la Waffen-SS.

UNE MISSION DE CONFIANCE

Le lundi 26 juillet 1943, l’officier de 35 ans est convoqué d’urgence à la Wolfsschanze (en français, la « Tanière du Loup »), nom de code désignant le principal Quartier général d’Adolf Hitler pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est situé dans les bois près du hameau de Forst Görlitz (aujourd’hui Gierłoż), non loin de Rastenburg (alors en Prusse-Orientale, désormais Kętrzyn en Pologne). Son appareil atterrit sur un aérodrome situé au bord d’un lac, près de Lotzen. De là, il est conduit vers le QG du Führer où il rejoint cinq autres officiers, qu’il ne connaît pas. L’un d’eux s’exclame : « Vous allez maintenant rencontrer le Führer, Messieurs. Il aura quelques questions à vous poser. S’il vous plaît, suivez-moi ! »

Otto Skorzeny est déjà bien connu dans toute l’armée allemande pour ses capacités à faire avancer les choses, quelles que soient les difficultés rencontrées. Hitler pose plusieurs questions. Skorzeny, bien que le plus jeune des cinq hommes, répond par l’affirmative à sa question : « Lequel d’entre vous connaît l’Italie ? », en rajoutant qu’il y avait séjourné à plusieurs reprises.

Les quatre autres candidats sont remerciés sans autre forme de procès. En quelques minutes, Skorzeny se voit confier une mission extraordinaire : libérer Mussolini, destitué par le roi d’Italie et maintenant captif, quelque part en Italie. Hitler affirme qu’il ne laissera pas tomber « le plus grand fils de l’Italie ». Son « vieil allié et cher ami » doit être libéré le plus rapidement possible. Et c’est Skorzeny qui est chargé de cette mission spéciale, pour laquelle le plus grand secret sera de mise…

LE PLAN D’OTTO SKORZENY

Le plan est simple : s’envoler immédiatement vers Rome sous couverture, Skozeny se faisant passer pour l’aide de camp d’un officier général allemand. Pour leur part, cinquante membres de son unité spéciale sont transportés de Berlin vers le sud de la France, puis vers Rome pour rejoindre la 1ere Division de parachutistes, qui stationne sur place. En parallèle, Skorzeny dresse la liste des équipements et des armes nécessaires et trie sur le volet les officiers devant l’accompagner.

À la recherche du Duce

Cependant, une question cruciale se pose : personne ne sait où le Duce est retenu…

En effet, pour brouiller les pistes, les autorités italiennes font circuler une rumeur selon laquelle le Duce aurait été victime d’une attaque cérébrale et qu’il serait convalescent, mais sous bonne surveillance dans un sanatorium, dans le nord du pays. Une autre rumeur le situe en Espagne, où il aurait été expédié par avion…. Pendant les premiers jours de recherche, Skorzeny ne parvient pas à déterminer l’emplacement du lieu de détention. À Berlin, on consulte des astrologues… tandis qu’à Rome, on met la pression sur les agents de renseignement.

Puis, soudainement, on tient une piste : un hydravion de la Croix-Rouge a été observé amerrissant sur lac de Bracciano, ce qui est particulièrement suspect. Peu après, Skorzeny reçoit la transcription d’un message codé intercepté stipulant : « Les mesures de sécurité autour du Gran Sasso sont en place. » Par la suite, il apprend que Mussolini est retenu à l’Albero-Rifugio, sur le plateau.

Comment aborder le plateau ?

Skorzeny doit maintenant décider comment mener l’assaut sur ce site perdu en haute altitude, à flanc de montagne. Doit-on mener une attaque au sol ? Trop long, une solution nécessitant d’ailleurs l’engagement de nombreux effectifs… En outre, il est très facile de stopper une attaque en terrain accidenté, car… « qui tient les hauts, tient les bas ! »

Rapidement, c’est l’assaut par les airs qui est retenu car on peut engager un nombre limité de spécialistes, très aguerris et… fanatiques. Cependant, l’idée d’une opération parachutiste est, elle aussi, rapidement abandonnée. En effet, à cette altitude, on maîtrise peu des courants aérologiques très capricieux et le risque est grand de perdre beaucoup d’hommes finissant leur course au-delà du plateau. Par conséquent ne reste que la solution d’une Opération aéroportée (OAP) à base de planeurs.

Une solution moins risquée au plan tactique, mais pas moins dangereuse pour autant. En effet, le seul lieu d’atterrissage possible semble être un petit champ triangulaire situé juste derrière l’hôtel. En effet, De suite, le chef d’état-major du Fallschirmjäger Korps (Corps parachutiste) et son officier supérieur d’état-major pensent tous deux qu’un déploiement sur un espace aussi réduit et mal préparé entraînera des pertes importantes et que les quelques soldats survivants ne seront probablement pas en mesure de terminer l’opération. Néanmoins, tout le monde s’accorde pour se convaincre que c’est la seule option possible.

L’OPÉRATION ‘EICHE’ (CHÊNE)

Tôt dans l’après-midi de ce dimanche 12 septembre 1943, tractés par des bombardiers en piqué Junkers Ju 87R, les planeurs DFS 230 (Deutsche Forschungsanstalt für Segelflug) de Skorzeny décollent de l’aérodrome de Pratica di Mare par beau temps. Vers 14 heures (soit avec sept heures de retard sur le plan), Skorzeny, observant le sol par un trou qu’il a taillé dans la toile du planeur, aperçoit le toit de l’hôtel. Ordre est alors donné de larguer les filins de remorquage et les planeurs glissent vers le sol, en silence…

Consacrée à l’avènement de la République de Salò, la vidéo ci-dessous débute avec la libération du Duce :

À l’assaut de la montagne…

Quelques minutes avant l’attaque sur l’hôtel, un autre commando de paras s’empare de la station du funiculaire, en contrebas de la montagne.

Le pilote et Skorzeny repèrent rapidement l’espace triangulaire situé derrière l’Albero-Rifugio, mais s’aperçoivent aussi que l’endroit est loin d’être plat, contrairement à ce que semblaient l’indiquer les photographies de reconnaissance. Apparemment, l’un des versant est même très raide. Un atterrissage à l’endroit prévu serait donc désastreux. La seule base d’assaut possible est donc le sol rugueux, mais plat, situé devant l’hôtel. L’atterrissage est rude, occasionnant quelques pertes, et Skorzeny est l’un des premiers à sauter du planeur et à courir vers l’hôtel.

Au sol, c’est la pagaille car l’hôtel et ses abords sont remplis de carabiniers italiens, la plupart abandonnant leurs nids de mitrailleuses dès l’apparition des commandos allemands, certains jetant même leur fusil en chemin.

Sans délais, les commandos investissent l’hôtel pendant que Skorzeny se fraye un chemin à travers les carabiniers avec la crosse de son pistolet automatique et grimpe l’escalier en courant. Arrivé à l’étage, il ouvre la porte d’une pièce et se retrouve face-à-face avec… Mussolini, flanqué d’un officier italien. En parallèle, les autres planeurs se sont écrasés sur le rocher et d’autres Waffen-SS se ruent sur l’hôtel. Étonnamment, aucun coup de feu n’est tiré… (c’est du moins ce que veut la légende).

Reddition de la garnison italienne

Une fois l’objectif investi, Skorzeny convoque l’officier italien commandant le site. Un colonel italien se présente, qui est invité à se rendre, ce qu’il fait en portant un toast à Skorzeny, un verre de vin à la main, et en lançant très solennellement : « Au vainqueur ! »

Libération du Duce

Skorzeny se présente alors à Mussolini et lui dit : « Duce, c’est le Führer qui m’envoie ! Tu es libre ! »

En retour, Mussolini embrasse son libérateur et lui répond : « Je savais que mon ami Adolf ne m’abandonnerait pas ! »

QUITTER CE LIEU SINISTRE

Rapidement, un nouveau problème se pose : comment ramener Mussolini en Allemagne. Du vol de reconnaissance sur le site, il apparaît que seul un avion léger avec une capacité de décollage et d’atterrissage court pourrait, en ce lieu accidenté et isolé. C’est pourquoi il a été décidé d’essayer d’y faire atterrir un avion d’observation Fieseler-Storch Fi 156.

Un atterrissage mouvementé

Le Hauptmann (capitaine) Heinrich Gerlach, alors pilote personnel du General der Fallschirmtruppe, Kurt Student est contacté par radio. En peu de temps, Gerlach réussit à poser son ‘Storch’ (‘Cigogne’) sur le plateau accidenté. Cependant, dès qu’il descend de son cockpit, il annonce qu’il a un gros problème : comment redécoller avec un passager à bord ?

Les adieux du Duce à ses gardiens

Aucunement conscient des difficultés, Mussolini quitte l’hôtel en portant de lourdes chaussures de ski et, en présence de ses sauveurs allemands, semble reprendre instinctivement son rôle de dictateur.

Plus tard, Mussolini décrit sa libération et son évasion de la manière suivante : « Le capitaine qui devait m’évacuer s’avança… un très jeune homme appelé Gerlach, un As. Avant de grimper dans la machine, je me suis tourné pour saluer le groupe de mes gardiens. Ils semblaient tous stupéfaits. Bon nombre d’entre eux étaient sincèrement perturbés. Certains avaient même les larmes aux yeux… »

Il faut décoller…

De son côté, Gerlach est trop occupé pour s’inquiéter. Il a simplement réussi à atterrir, avec la plus grande des difficultés, sur la mince et courte bande de terrain grossièrement préparée à cet effet. Une fois tiré d’affaire, il a dit sans détour qu’il ne pensait pas pouvoir décoller avec un passager. Patatras ! Quand Skorzeny lui annonce qu’il est, lui aussi, de la partie, Gerlach est horrifié. « Impossible ! », répond-il… Deux passagers en plus du pilote, c’est suicidaire…

Mais Skorzeny insiste. Plus tard, il écrira que si Mussolini trouvait la mort dans cette entreprise périlleuse, il ne lui restait plus qu’à se tirer une balle dans la tête, car Hitler ne le lui pardonnerait jamais. Il préférait donc accompagner son protégé dans un destin funeste, à moins de retirer une certaine gloire de cet exploit s’il réussissait à l’évacuer.

Pas le choix, il faut y aller. On ordonne à douze hommes de retenir l’appareil pendant que Gerlach fait tourner le moteur de son ‘Storch’ à plein régime. Enfin, le pilote abaisse sa main… signalant aux hommes de lâcher l’avion qui, cahin-caha, cahote sur le terrain de fortune, sans pouvoir quitter le sol. On s’approche du rebord du plateau, plus moyen de s’arrêter… L’avion se soulève, mais retombe sur l’herbe où il heurte un rocher, puis capote en tombant vers le précipice.

Horrifiés par la scène à laquelle ils viennent d’assister, les militaires accourent vers le bord du plateau et voient l’avion plonger vers le pied de la falaise… puis, presque miraculeusement, se redresser lentement, à moins de cents pieds-sol, pour prendre tranquillement son cap sud-ouest, vers la vallée d’Avezzano, comme si de rien n’était.

Gerlach parvient à rétablir l’avion et à déposer ses passagers sur l’aérodrome de Pratica di Mare, où ils embarquent dans un Heinkel 111, qui se tient prêt à décoller pour Vienne, puis Munich, ultime étape d’un parcours qui doit finalement les amener jusqu’à Rastenburg, où Hitler les attend avec impatience…

CONSÉQUENCES

Le mardi 14 septembre, soit deux jours après l’opération, Mussolini rencontre Hitler à Munich. Le Führer « invite » son « ami » à former une république satellite de l’Allemagne. Mussolini déclare à Hitler qu’en se retirant de la politique, il éviterait la guerre civile en Italie, mais Hitler refuse catégoriquement cette option et lui ordonne, sous menace de représailles sur la population, de former rapidement un gouvernement fasciste… On peut donc soutenir la thèse selon laquelle la création de la République sociale italienne (RSI), aussi dite République de Salò, le jeudi 23 septembre 1943, aura engendré la guerre civile tant redoutée et, par conséquent, nombre de morts, de massacres et de règlements de compte qui auraient pu être évités…

Quelques semaines plus tard, l’Hauptmann Gerlach et le Leutnant (lieutenant) Meyer-Wehner, du LehrBataillon (Bataillon d’instruction) Mors, sont décorés de la croix de fer (‘Eiserne Kreuz’) avec rang de chevalier (‘Ritterkreuz’) pour la réussite de l’opération ‘Eiche’.

Pour sa part, Skorzeny reçoit la même distinction, mais des mains du Führer en personne.

Si la libération du prisonnier du Campo Imperatore est avant tout le travail des Fallschirmjäger allemands du LehrBataillon Mors, la propagande du IIIe Reich (et, il faut bien l’admettre, les journalistes et les historiens) en attribue principalement le mérite au SS-Hauptsturmführer Skorzeny, qui est aussi promu SS-Sturmbannführer (commandant). Désormais, c’est bien lui le « libérateur » de Mussolini.

ÉPILOGUE

Pour l’histoire, le premier assaut par planeur DFS 230 est celui mené sur la forteresse belge (réputée imprenable) d’Eben-Emael, sur la Meuse, les vendredi 10 et le samedi 11 mai 1940. En France le DFS 230 est également de sinistre mémoire. En effet, plusieurs dizaines d’appareils de ce type sont engagés pour la reprise du massif du Vercors entre le vendredi 21 et le dimanche 23 juillet 1944. Après plusieurs bombardements réalisés par la Luftwaffe, les planeurs déposent des Grüne Teufel (les ‘Diables Verts’, surnom des parachutistes allemands) qui prennent en tenaille les combattants des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). De par leur discrétion les DFS 230 permettent aux soldats allemands de se rendre maîtres de la zone, de nuit, sans être entendus (ni vus) par les guetteurs français.

De l’événement du dimanche 12 septembre 1943, les revues « spécialisées » et les thuriféraires du IIIe Reich ne retiendront que la figure emblématique d’Otto Skorzeny, l’homme d’action et le meneur d’hommes familier du Führer qui, après-guerre et pendant près de trente années, saura entretenir une légende sulfureuse auprès des plus hautes autorités espagnoles du régime de Franco. Il faut dire qu’il est alors le gérant du trésor de guerre nazi, ce qui lui ouvre bien des portes…

De l’événement qui nous intéresse, peu de personnes retiendront les véritables exploits techniques que représentent d’abord l’atterrissage des planeurs DFS 230 et du Fieseler Storch d’Heinrich Gerlach sur un terrain de fortune non aménagé, puis le décollage plus que court de l’avion d’observation avec, à son bord, deux personnalités aussi singulières que controversées…

Un article original de Bernard Amrhein


PHOTOTHÈQUE


SOURCES

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