12 décembre 1918 – Godoy franchit la cordillère des Andes


À chaque fois que l’occasion se présente, Pilote de montagne (PDM) met en relief les exploits aéronautiques des pionniers de l’aviation dans le milieu particulier que nous affectionnons[1]. En ce samedi 12 novembre 2020, nous revenons sur la première traversée de la Cordillère des Andes centrales réalisée par le lieutenant de l’armée chilienne Dagoberdo Godoy il y a maintenant 102 ans, très exactement.

UN PARCOURS ATYPIQUE

Dagobert Godoy naît à Temuco, capitale de la région d’Araucanie et de la province de Cautí, le samedi 22 juillet 1893. Ses parents, Abraham Godoy et Clotilde Fuentealba, meurent prématurément et, à peine âgé de deux ans, l’orphelin est élevé par sa tante maternelle, Petronila y Tránsito Fuentealba.

En 1910, Godoy entre à l’Escuela Militar del Libertador Bernardo O’Higgins pour être affecté au Batallón de Ferrocarrileros (bataillon des chemins de fer) du Génie. En 1915, il demande son transfert au Servicio de Aviación Militar de Chile (Service de l’aviation militaire du Chili) et passe un an à l’École d’aéronautique militaire avant d’obtenir son diplôme et d’être promu lieutenant le samedi 12 février 1916.

La même année, il participe à plusieurs compétitions internationales, remporte le Prix du Président de la République, puis arrive deuxième d’une course organisée à Buenos Aires (Argentine).

LA TRAVERSÉE DES ANDES D’OUEST EN EST

À la mi-1918, la Grande-Bretagne livre au Chili douze avions du type Bristol M.1c en compensation des navires en construction en Angleterre affectés en urgence à la Royal Navy. Le Major (commandant) Victor Huston, un as du pilotage, est chargé de l’entraînement des pilotes chiliens. En décembre, l’instructeur incite Godoy à demander à son chef, Pedro Dartnell, l’autorisation de tenter la traversée des Andes en leur point le plus élevé, arguant du fait que les Bristol surpassent en performance tous les avions précédemment en service.

Le jeudi 12 décembre 1918, à bord du Bristol M.1c immatriculé C4988, Godoy décolle de l’aérodrome d’El Bosque et survole Tupungato, en passant par les cols de Cristo Redentor et d’Uspallata, tout en frôlant du plus haut sommet d’Amérique du Sud, l’Aconcagua (6 962 mètres d’altitude).

Le Bristol M.1c n° C4988 de Dagoberto Godoy

D’une durée de 90 minutes, le vol s’effectue à une vitesse de 180 à 190 kilomètres à l’heure (110 à 120 miles/hour) et à une altitude maximale de 6 300 mètres (soit 20 700 ft[2]), le poste de pilotage étant ouvert et non chauffé, sans oxygène. Malheureusement, lors de l’atterrissage dans un champ à Lagunitas, près de Mendoza (Argentine), il heurte une clôture et endommage son train d’atterrissage, son hélice et son aile droite, puis heurte sa tête sur le tableau de bord, ce qui occasionne une légère commotion.

« Si j’ai ressenti une émotion, c’était celle de voir se réaliser mon rêve tant désiré : observer d’en haut les sommets enneigés que j’avais si souvent vus depuis l’aérodrome. Pendant le vol, ma préoccupation constante a été l’altimètre, la boussole, le fonctionnement de la pompe à huile et les révolutions du moteur. »

Godoy finit par retourner au Chili pour y être acclamé publiquement et promu capitaine.

Son exploit encourage d’autres pilotes, comme le lieutenant Armando Cortinez Mújica, à effectuer, le samedi 5 avril 1919, le premier vol aller-retour vers l’Argentine à bord d’un autre Bristol. La même année, le sergent José del Carmen Ojeda établit le premier record sud-américain d’altitude en volant à 7 188 mètres (23583 ft).

Godoy quitte l’armée le mardi 15 juillet 1924 et épouse, l’année suivante, Ernestina Lisbon Uribe, qui lui donne six enfants. L’armée de l’air chilienne est créée en tant que branche indépendante en 1930 et, en 1936, Godoy reçoit le grade honorifique de Capitán de Bandada. En 1952, il est promu au grade honoraire de Comandante de Grupo et au grade de Général de Brigada Aérea en 1957.

Godoy décède à Santiago-du-Chili le jeudi 8 septembre 1960, cinquante ans jour pour jour après que le Péruvien Jorge Chavez Dartnell ait établi son record d’altitude…


RÉFÉRENCES


NOTES

[1] Les exploits des pionniers de l’aviation de montagne : Jorge “Géo” Chavez / Elia Liut

[2] Abrègement de “feet” (pieds), un pied équivalent à environ 33 centimètres…

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