2 février 1912 – René Grandjean décolle et atterrit sur des skis


René Grandjean, né le mercredi 12 novembre 1884 à Bellerive (canton de Vaud/Suisse) et décédé le dimanche 14 avril 1963 à Lausanne, est un constructeur d’avions et pilote suisse. Il est le fils de l’un des secrétaires du baron Adolphe de Rothschild. En 1890, sa famille s’établit à Paris avant de retourner en Suisse en 1896 où son père fait construire un moulin et une grande scierie dans laquelle René travaillera dur pendant toute sa jeunesse.

UNE PASSION POUR LA MÉCANIQUE

Dans son ouvrage intitulé Mémoires et Histoire de René Grandjean, Henry Sarraz fait parler le jeune inventeur :

« À seize ans, j’avais très bien compris toute la machinerie du moulin et celle de la scierie. En cas d’ennuis et de pannes, j’arrivais à me débrouiller tout seul pour tout remettre en marche. Toute cette mécanique me passionnait. »

René Grandjean est d’ailleurs si passionné qu’il décide, à 18 ans, de repartir à Paris pour y travailler dans la mécanique, il est engagé dans une carrosserie d’autos mais sera renvoyé après 2 mois pour avoir embouti l’auto du patron. Ironie du sort, il sera engagé le lendemain comme chauffeur chez le marquis de Montebello. En 1904, il rentre en Suisse afin d’effectuer son service militaire avant de devenir, un an plus tard, en Égypte, le chauffeur d’un généreux employeur le sultan Omar Bey, qui deviendra son ami.

LA PASSION DE L’AVIATION

Eté 1909. Grandjean a 24 ans et rêve depuis quelque temps déjà de construire une machine volante, la nouvelle de la traversée de la Manche par Louis Blériot, le dimanche 25 juillet 1909 l’enthousiasme, il quitte l’Egypte et rentre à Bellerive pour réaliser son rêve. En octobre 1909Sur la base d’une image de l’avion construit par Blériot et grâce à son esprit inventif et ses qualités d’artisan, il entame la construction de sa première « machine à voler » dans sa grange familiale de Bellerive.

Les premiers essais au sol ont lieu en février 1910 sur le terrain de l’Estivage, à Avenches (canton de Vaud/Suisse), l’antique Aventicum. Le vol inaugural, marquant le point de départ de l’aviation helvétique, est réalisé par Ernest Failloubaz, le mardi 10 mai 1910. Le pionnier suisse roule, prend de la vitesse, décolle, vole et atterrit en douceur. C’est le premier vol en Suisse d’un avion construit et piloté par des Suisses.

Cinq jours plus tard, Grandjean endommage l’appareil en voulant l’essayer lui-même. En août, l’avion est réparé et participe à un meeting à Viry (peut être en Haute-Savoie), au cours duquel son beau-frère, Georges Cailler, l’endommage. Le mercredi 12 octobre 1910, pour des raisons qui restent obscures, Grandjean est interdit sur la place d’Avenches et met fin à sa collaboration avec Ernest Failloubaz. La même année, il trouve un terrain à Dübendorf, où il opère d’importantes transformations sur son appareil et apprend, seul, à le piloter. Début 1911, il est engagé par l’entreprise Schweizerische Werkzeugmaschinenfabrik Oerlikon (SWO) pour promouvoir leurs moteurs auprès des principaux constructeurs de l’époque : Farman, Blériot Aéronautique et Voisin.

Le dimanche 18 juin 1911, le Conseil d’État du canton de Vaud offrant un prix au premier aviateur qui réussira la traversée du lac de Neuchâtel, il pilotera son nouvel avion, « Libellule », qui pèse moins de 240 kg. Il choisit comme itinéraire la ligne droite entre Les Planeyses et Avenches. Après le décollage, vers le milieu du lac, son moteur, qui perd de l’huile, a des ratés et s’arrête. Dès lors, avec l’aide du vent (le Joran) et en planant, Grandjean arrive à poser son avion dans les roseaux à Delley-Portalban (canton de Fribourg/Suisse), avec un pêcheur comme témoin de son exploit. Son avion est hors d’usage, mais la traversée est validée.

Le lundi 18 septembre 1911, il obtient le brevet suisse de pilote n° 21. Le lundi 4 décembre 1911, il gagne le prix d’aviation de l’Automobile Club de Suisse.

LE PREMIER AVION À SKIS DU MONDE

En décembre 1911, Grandjean est invité à Davos (canton des Grisons/Suisse) pour effectuer des vols au-dessus de la station en décollant depuis le lac gelé de la station.

C’est dans ce cadre qu’il lui vient l’idée de fabriquer des skis pour glisser sur la neige sans s’y enfoncer, il se met au travail et, le vendredi 2 février 1912, effectue les premiers vols sur skis en Suisse (et dans le monde).

« L’invention et la réussite absolue de René Grandjean, en 1912, l’avaient clairement démontré, au cours de plus de cent vols en quelques jours et sans le moindre accident. Il fut et demeure incontestablement le premier pilote des neiges du monde. »

(Passage tiré du livre Mémoires et Histoire de René Grandjean. Henry Sarraz).

Pilotant lui-même son appareil, il effectua à Davos plus de cent envols et atterrissages sur neige et glace, promenant des passagers et transportant des skieurs, sans le moindre accident.

On sait que cette tournée comprenait également une « Schaufliegen » en mars à Coire. Une annonce, publiée en mars-avril 1912 dans le Bündner Zeitung de Coire précise que les entrées sont à Fr. 3.-, 1.- et 0.50. On peut visiter l’appareil entre neuf et douze heures, dans la cour de la caserne, en versant cinquante centimes.

VOL AVEC LE KRONPRINZ

Pendant les démonstrations de Davos, René Grandjean a probablement eu l’occasion de prendre comme passager l’héritier (Kronprinz) du trône impérial austro-hongrois, François-Ferdinand de Habsbourg-Este, comme en atteste la carte postale ci-dessous…

 

… et comme le confirme la veuve de Réné Grandjean en 1979 (voir la vidéo dans le paragraphe SOURCES ci-dessous). Annoté à la main, on peut lire : « Davos 14 février 1912 – Le Kronprinz comme passager – 1972 – 60e anniversaire »

PREMIER PILOTE DES NEIGES… ET DES LACS

En août 1912, Grandjean remplace les skis par des flotteurs dessinés et calculés par ses soins. Le premier hydro-aéroplane suisse volera le dimanche 4 août 1912 ! Aux commandes de cet hydro-aéroplane, il gagnera de nombreux prix, notamment le prix Eynard grâce à l’invention d’une magnéto lui permettant de démarrer son moteur sans quitter son siège de pilote.

En 1914, il fait partie des douze pilotes mobilisés à Berne pour la guerre et entre en service avec l’appareil qu’il a construit. Ne pouvant plus donner libre cours à son imagination débordante, il élabore néanmoins une série de projets et les soumet à ses nombreux amis suisses, qui demeurent sceptiques. Il décide de partir pour Paris en 1915 où Il devient rapidement un conseiller technique très recherché, il fera breveter plus de deux cents de ses propres inventions. En 1923, il épouse Pierrine Picchirilli, originaire de Nice. Il rentre définitivement en Suisse en 1956.

UN PIONNIER ENFIN RECONNU EN SUISSE

Le jeudi 31 mai 1956, Grandjean est invité à inaugurer son propre monument à Portalban sur le lac de Neuchâtel où il avait débarqué après sa traversée en septembre 1911. Puis il participe avec presque tous les pionniers de l’aviation suisse survivants au 50e anniversaire de l’aviation suisse en novembre 1960 à Avenches.

René Grandjean décède le dimanche 14 avril 1963 à l’âge de 78 ans. Le lundi 10 mai 1965, un monument est érigé à Avenches à la mémoire d’Ernest Failloubaz. Il sera complété d’une plaque commémorative rappelant la collaboration du pilote avec Grandjean, ce qui en fait un véritable monument rappelant la naissance de l’aviation suisse.

ÉPILOGUE

Inventeur prolifique ayant longtemps vécu en France, René Grandjean est également un pionnier de l’aviation helvétique, tant sur neige que sur plans d’eau.

Même s’il ne fait véritablement partie des « grands franchisseurs » de massifs montagneux, comme l’était Jorge Chávez Dartnell en 1910, ou comme le seront par la suite Juan Bielovucic et, plus encore, Oskar Bider, René Grandjean, grâce à sa géniale invention et à la démonstration qu’il en fait de manière magistrale, pose les bases de l’aviation en montagne. En effet, grâce à lui, des générations d’aviateurs de montagne pourront, surtout à partir des années 1950 avec Hermann Geiger, exercer leur art sur terrain enneigé et sur les glaciers.

Cependant, il faut bien avouer qu’à l’exception de l’As allemand Ernst Udet et des Troupes d’aviation suisses sur Fieseler Storch Fi 156, ce mode de déplacement sur sol enneigé est simplement ignoré du grand public pendant près d’une quarantaine d’années (sauf, peut-être, en Finlande, mais ceci est une autre histoire). N’est-ce pas le lot de tous les génies révélés trop tôt d’être oubliés de leurs contemporains pour être recouverts par la nécessité ?

Concaténation de plusieurs articles par Bernard AMRHEIN


SOURCES : 

  • Les archives de la RTS, 5 juin 1979, Un jour une heure. À l’occasion de la fondation de l’Association suisse des pilotes de glaciers, Un jour une heure rencontre la veuve de René Grandjean, pionnier de l’aviation.


BIBLIOGRAPHIE :

  • Henry Sarraz, Mémoires et histoire de René Grandjean, pionnier de l’aviation : inventeur, constructeur, pilote : 1884-1963, 2e éd., Yverdon : Ed. de la Thièle, 1986, 162 p.

  • CORNAZ (Philippe), L’aviation suisse romande, Le Mont-sur-Lausanne, Philippe Cornaz, 2009.
  • CORNAZ (Philippe), L’aviation vaudoise / [conception et édition Philippe Cornaz], S.l.], 1987, 248 p.
  • (CORNAZ (Philippe), L’aviation vaudoise / [conception et édition Philippe Cornaz], S.l.], 1997, 248 p.
  • WYDLER (Henry), Dictionnaire historique de la Suisse.

Previous FORMATION - Briefing 2
Next 2 février 1962 - Le magazine "Les Ailes" annonce l'arrivée du Pilatus Turbo-Porter chez Air-Alpes

No Comment

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code