15 mai 2022 – Le parapentiste sud-africain Pierre CARTER s’élance depuis le col de l’Everest


Avec un peu de recul, Pilote de montagne (PDM) revient sur l’exploit du parapentiste sud-africain Pierre Carter qui, le dimanche 15 mai 2022, s’est élancé sous voile depuis les pentes du mont Everest, un exploit en soi… Malheureusement, la présentation de cet événement par nombre de médias peut laisser croire que l’aventurier en question aurait été le premier à tenter (et réussir) cette opération, ce qui, bien entendu, n’est pas tout à fait vrai…

L’EXPLOIT

Le dimanche 15 mai 2022, Pierre Carter, un parapentiste sud-africain de 55 ans s’élance depuis le col de l’Everest, situé à environ 7 924 mètres d’altitude, pour un vol d’une vingtaine de minutes « au-dessus, puis à travers et en dessous des nuages », pour atterrir au-dessus du village de Gorakshep, situé à 5 164 mètres d’altitude, soit 2 740 mètres plus bas.

Malheureusement, les conditions météorologiques l’ont dissuadé de se lancer du sommet même de l’Everest, situé à 8 849 mètres, à une altitude où la pression atmosphérique est encore plus faible et les conditions de décollage encore plus dangereuses… surtout au milieu de la foule des grimpeurs euphoriques ayant conquis le sommet.

PIERRE CARTER, UNE FIGURE PARMI LES PARAPENTISTES

Le quinquagénaire sud-africain est un passionné des sports de montagne. Adolescent, il pratique l’escalade puis se convertit très tôt au parapente, un sport de glisse lui permettant d’enchaîner les exploits.

Ainsi, depuis 2005, il s’est élancé depuis les six plus hauts sommets des différents continents comme l’Aconcagua en Argentine (6 959 m), le Kilimandjaro en Tanzanie (5 895 m), l’Elbrouz en Russie (5 643 m), la pyramide de Carstens (Puncak Jaya, 4 884 m) et le mont Kosciusk en Australie (3 724 m)… Ce qui fait de lui un des parapentistes les plus renommés de la planète.

En 2016, Carter a atteint le sommet du Denali, en Alaska, mais n’a pas été autorisé à voler. Son prochain objectif serait de répéter l’exploit du sommet du mont Vinson (4 892 m), en Antarctique.

POLÉMIQUE AUTOUR D’UN TRISTE RECORD

Pour Dawa Steven Sherpa, d’Asian Trekking, une société d’expéditions basée au Népal, interrogé par l’Agence France Presse (AFP), cette performance est remarquable. Et de rajouter : « C’est la première fois que le Népal délivre un permis de vol sur ses montagnes ».

Toujours selon Dawa Steven Sherpa, cette autorisation de vol devrait inciter d’autres parapentistes chevronnés à s’élancer du toit du monde. Et de rajouter que, jusqu’ici, seuls trois vols avaient été enregistrés depuis le sommet de l’Everest, tous effectués sans autorisation gouvernementale. Ainsi, l’alpiniste et pilote français Jean-Marc Boivin, est le premier à s’être élancé du sommet en parapente le lundi 26 septembre 1988, suivi du couple français ‘Zébulon’ (Bertrand) Roche et Claire Bernier en 2001 puis, enfin, des deux alpinistes népalais, Babu Sunuwar et Lakpa Tsheri Sherpa, en 2011.

Pour autant, le record de Marc Boivin serait-il entaché d’irrégularité, comme pourraient le laisser entendre les propos rapportés par l’AFP ? Rappelons qu’en 1988 le parapente en Himalaya n’était pas interdit et les autorités népalaises ne pouvaient même pas imaginer qu’un parapentiste – inconscient ou courageux – aurait l’audace de le faire…

UNE RÉGLEMENTATION INDISPENSABLE

Donc oui, reconnaissons-le, Pierre Carter est le premier parapentiste à s’être élancé du col de l’Everest, à 7 942 mètres d’altitude… en toute légalité, ce qui est important au regard des développements « touristiques » prévus par les autorités népalaises, « surtout après Covid », comme l’estime Dawa Steven Sherpa.

En effet, rappelons que l’ascension de l’Everest n’est pas une sinécure et au moins trois alpinistes, dont un Russe et deux Népalais, sont morts en tentant de parvenir au sommet de ce géant mythique.

Alors, tenter de s’y élancer en parapente…

PIERRE CARTER RACONTE…

Pierre Carter raconte son exploit dans un message posté sur Instagram dans la foulée de son vol :

« Poursuivons…

Donc, après avoir vu mes équipiers s’ébrouer vers 9 heures du soir [le samedi 14 mai, donc], pour grimper au sommet, je me suis concentré pour réciter une prière en silence afin que je me réveille tranquillement avec des vents favorables et un ciel sans nuages.

Les vents nocturnes en décidaient autrement et je me réveillai avec un battement incessant sur la structure de la tente.

Le jour se levait sous un ciel radieux, avec 20 à 30 km/h, parfait ! Et j’apprenais que mes équipiers approchaient du sommet. ʺWhoop! whoop!ʺ

Après une inspection minutieuse, il apparaissait que la vallée était couverte depuis le Camp 1, à 6 000 mètres d’altitude, jusqu’à [l’altiport] de Lukla, d’où une décision à prendre : devais-je décoller et atterrir au Camp 1, ou attendre un déchirement dans les nuages pour déplier le parapente ??

Attendre !

Tandis que le soleil poursuivait sa course, vers 10 heures du matin, nous eûmes des rafales de vent allant de 40 à 50 km/h et toujours pas de percée dans les nuages et, pour ne pas arranger les choses, ils recouvraient même le Camp 2, à 6 500 m. Je les aurai soufflés de rage ! Bref, nous avions une journée de m… devant nous.

De retour à la tente, nous nous sommes enroulés dans notre voile et nous sommes mis en ʺposition d’attente parapentisteʺ, avec une excellente vue sur la vallée, en dessous de nous. 10 heures du matin, puis 11 heures, sans changement !

Je commençais à opiner du chef, ce qui est encore plus facile lorsque vous ôtez votre masque à oxygène, lorsque je percevais, soudain, que le vent avait légèrement baissé d’intensité, et notais qu’il était midi à ma montre, deux heures s’étaient écoulées !

Je me suis extrait de ma tente et me dis ʺça y estʺ, il semblait que, dans la vallée, les nuages avaient commencé à s’éloigner et que le Camp de base était accessible.

Nous avons déplié le parapente, set up après nous être bagarrés avec l’équipement du ʺbonhomme Michelinʺ.

Le parapente était en vrac pendant le décollage, ce qui démontre ce que l’altitude 8 000 peut provoquer sur une aile A classique, mais mon ‘Nova double skin’ (double épaisseur) réagit exactement comme ce pour quoi il avait été étudié et se mit à voler… les photos racontent la suite… Magnifique.

Le vol dura 20 minutes et nous atterrîmes debout, juste au-dessus du village de Gorakshep, notre vitesse/sol maximale étant de l’ordre de 90 km/h, atterrissant à 5 300 m d’altitude avec un vent en rafales de fond de vallée de 30 km/h. ʺTroooooop boooooonʺ, comme aurait dit Rue. »

ÉPILOGUE

Au bilan, pas question d’enlever à Pierre Carter, dont le palmarès est par ailleurs éloquent, le titre de « premier parapentiste à s’être élancé depuis les pentes de l’Everest… légalement ». Ce qui n’enlève rien aux précédentes tentatives qui, bien que non formellement autorisées ont démarré, elle, depuis le sommet, soit pratiquement 1 000 mètres plus haut.

On s’explique donc mal la teneur de la kyrielle d’articles, en anglais et en français, qui, emboîtant le pas de l’AFP, font de Pierre Carter un héros exceptionnel. Il faut dire que la manière de tourner les phrases permet de laisser croire que Pierre Carter est le premier parapentiste à avoir décollé de l’Everest, ce qui n’est évidemment pas juste. Pour bien informer le lecteur sur la réalité de cette tentative, analysons le plan en relief ci-dessous :

Le col sud de l’Everest (si c’est bien celui dont parle l’AFP) est situé à 7 924 m d’altitude, soit très exactement 925 mètres sous le sommet (qui culmine, répétons-le, à 8 849m). À cette altitude, cette différence peut se révéler fatale car on se déplace dans la ‘Zone de la mort’ (‘The Death Zone’).

Donc, reconnaissons-le, les images de la vidéo et les photos fournies par Pierre Carter sont d’une exceptionnelle qualité, mais nous sommes en 2022, et non plus en 1988, équipés d’une caméra Super 8 ou d’un Caméscope… La tentation est donc grande de faire le buzz avec un événement somme toute banal, à moins qu’il s’agisse de signaler que le parapente est maintenant légalisé au Népal, les autorisations s’échangeant, certainement, contre monnaie sonnante et trébuchante…

Éléments recueillis par Bernard Amrhein


PHOTOTHÈQUE

 


SOURCES

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