21 juin 1940 – Les avions italiens bombardent la Tarentaise


Pendant la Bataille de France, en 1940, les Alpes constituent un théâtre d’opérations secondaire. Peu de personnes savent que si les Italiens ont été contenus, grosso modo, sur les crêtes-frontières, ils ont préparé leur attaque terrestre par des bombardements aériens sur la Tarentaise, occasionnant ainsi d’importants dégâts dans les principales agglomérations de la vallée. Retour sur ce triste épisode de notre histoire.

SITUATION GÉNÉRALE

De la déclaration de guerre à l’Allemagne, le vendredi 1er septembre 1939, jusqu’au jeudi 9 mai 1940, les occidentaux sont englués dans une bataille immobile que les Français appellent « la drôle de guerre ».

Profitant de la débâcle des forces françaises, l’Italie déclare la guerre à la France le 10 juin 1940. Face au groupe d’armées Ouest italien (Ie et IVe armées), dirigé par le prince Humbert de Savoie, sur la crête des Alpes, l’Armée des Alpes du général d’armée René Olry n’aligne que 185 000 hommes répartis en trois divisions d’infanterie de réserve de type B[v], trois secteurs fortifiés (de la Savoie, du Dauphiné et des Alpes-Maritimes) et un secteur défensif (du Rhône) de la ligne Maginot, le tout appuyé par une forte artillerie de montagne (65 groupes). Parmi ces forces, il faut noter la présence de 84 Sections d’éclaireurs-skieurs (SES) qui sont des troupes d’élite du type commandos. Cependant, cette grande unité est simultanément prise à revers par le XVIe Panzerkorps allemand du général Erich Hoepner, qui fait effort sur la vallée du Rhône et sur Grenoble.

DÉROULEMENT DE LA BATAILLE DES ALPES

Après toute une série d’accrochages sur la frontière, le vendredi 21 juin 1940, l’armée italienne attaque en même temps que les Allemands sur le Rhône. En Savoie, l’offensive commence par un bombardement aérien de Bourg-Saint-Maurice, Moûtiers et Brides-les-Bains, en Tarentaise. Du côté français, la mission de l’Armée des Alpes est de tenir la frontière en s’appuyant sur les forteresses de secteurs. Mais celle-ci est longue : elle va de l’Aiguille des glaciers (frontière suisse) au mont Thabor, au sud-ouest de Modane (73/Savoie).

De plus, l’équipement est insuffisant, vieillot et, pour faire face aux Italiens, les soldats se battent à 1 contre 4 en Maurienne et à 1 contre 7 en Tarentaise. Comme les véhicules italiens sont bloqués par la neige, les assaillants empruntent, à pied ou à skis, des itinéraires de haute altitude. Les combats sont très intenses sur les massifs du mont Cenis, d’Ambin (secteurs de Modane et de Saint-Jean-de-Maurienne), mais aussi sur le col du Petit-Saint-Bernard[xvii] et sur la vallée des Glaciers (secteur de Bourg-Saint-Maurice).

À l’entrée en vigueur de la signature de l’armistice, Benito Mussolini n’a pas atteint ses objectifs. Ses troupes n’ont pris aucune forteresse. En Maurienne, par des cols non défendus, elles sont arrivées sur l’Arc et, en Tarentaise, que très ponctuellement jusqu’à la rive droite de l’Isère, sans pouvoir la traverser.

Les 29 et 30 juin 1940, alors que le Duce et le maréchal Pietro Badoglio viennent visiter leurs conquêtes, le drapeau français flotte encore sur la Turra (mont Cenis) et la Redoute Ruinée (Petit-Saint-Bernard).

ÉPILOGUE

Même si les dégâts occasionnés par ces bombardements peuvent sembler minimes (encore faudrait-il disposer des sources sur les pertes humaines), ils ont laissé dans la population un goût amer. En effet, des avions siglés de la croix de Savoie sont venus frapper une vallée emblématique de l’ancien duché.

En outre, malgré la glorieuse résistance de l’Armée des Alpes sur les lignes de crête et profitant de l’Armistice, les troupes italiennes sont venus parader dans les rues de Bourg-Saint-Maurice. Contraste manifeste, point de départ de la résilience locale contre les « libérateurs » du moment et premier jour de la préparation de la libération future…

Malheureusement, cet épisode est très peu documenté sur Internet et nous remercions d’avance les lecteurs susceptibles de nous indiquer où trouver d’autres sources.

Éléments recueillis par Bernard Amrhein


SOURCES

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