13 avril 1939 – Un Junkers 52/3M de la compagnie sino-germanique EURASIA est abattu par les Japonais en Chine


Pionnière dans le développement de routes aériennes en Asie dans l’Entre-deux-guerres, la compagnie allemande Deutsche Luft Hansa (DLH) opère principalement sur le territoire chinois et en direction de Pékin, Tokyo et Hanoï. Alors que le Reich allemand est l’un des deux alliés du Japon (avec l’Italie) dans le cadre de l’Axe, un Junkers Ju 52/3m de la compagnie sino-germanique Eurasia assurant la liaison Hanoï (Indochine française)-Kunming (Chine nationaliste) est pris en chasse par l’aviation nippone, puis se voit contraint d’effectuer un atterrissage d’urgence en terrain montagneux pour échapper aux agresseurs. Ce qui se passe ensuite constitue une réelle prouesse…

CONTEXTE GÉNÉRAL

Après le premier conflit mondial et tandis que l’Allemagne n’est pas autorisée à posséder une aviation de guerre, les transformations technologiques vont bon train. Parallèlement à ce mouvement de grande ampleur, on assiste à l’éclosion d’un nouveau type d’aventuriers : les défricheurs de routes aériennes. Tandis que des Français se lancent dans les raids Latécoère, puis dans l’aventure de l’Aéropostale, vers l’Ouest et le Sud-Ouest, les Allemands cherchent, quant à eux, à ouvrir de nouvelles routes aériennes, mais vers l’Est.

LE PROJET TRANSEURASIA

Dès le milieu des Années 1920, le projet Transeurasia prévoit la création d’une « route aérienne vers la Chine ». En 1925, le projet est lancé par la Deutscher Aero Lloyd, en coopération avec l’aviation civile soviétique, qui propose également de créer une ligne transcontinentale vers la Chine et/ou le Japon. Cette initiative reçoit le soutien le plus chaleureux du gouvernement du Reich et des ministères compétents pour les affaires étrangères et le commerce extérieur.

Dans un premier temps, il n’est pas question de chercher à améliorer les performances des avions en service. Toutefois, les infrastructures nécessaires font défaut et, en principe, trois solutions sont envisageables : la route du Nord, par la Sibérie, la route du Sud par le Moyen-Orient, l’Inde et l’Indochine et, enfin, une route « centrale » dite du Pamir, via Téhéran, Kaboul et le Xinjiang.

En 1937, alors que la guerre sino-japonaise fait rage sur le territoire chinois, Eurasia se voit contrainte de déplacer son siège social à Kunming (Yunnan) et abandonne toutes les routes au Nord de Xi’an. C’est pourquoi les villes de Pékin et Shanghai ne sont plus desservies, mais la compagnie obtient des droits d’atterrissage à Hanoï et Hong Kong.

ATTERRISSAGE D’URGENCE

Dans l’après-midi du jeudi 13 avril 1939, le Junkers Ju 52/3m EU XIX « Chengtu » décolle de Hanoï pour effectuer un vol régulier à destination de Kunming. C’est l’un des dix avions de la compagnie aérienne eurasienne de ce type. L’équipage se compose du commandant de bord, Johannes Rathje, de l’opérateur/radio/mécanicien Oswald Ulbricht et du copilote chinois Ding. Le capitaine Dieter Leiding, l’opérateur radio/mécanicien Max Springweiler et un passager chinois se trouvent également à bord.

L’avion n’a pas encore franchi la frontière chinoise qu’il est repéré par une escadrille d’avions japonais, qui commencent presqu’aussitôt à le prendre en chasse et à ouvrir le feu. La tentative de Rathje de se mettre à couvert dans un petit nuage ne dure malheureusement qu’un temps et, lorsque le nuage se dissipe, les chasseurs tirent à nouveau, forçant le Ju 52/3m à effectuer un atterrissage d’urgence sur une pente raide dans une région montagneuse, sauvage et isolée.

Au bilan, le train d’atterrissage est arraché, le dessous du fuselage est endommagé, les pales de l’hélice droite sont tordues et des impacts de balles ont criblé l’avion. Une fois l’avion arrêté, l’équipage et les passagers sautent hors de la carlingue afin de s’abritent derrière des rochers et des broussailles. Dans sa chute, Rathje se casse le pied et le haut du bras. Les Japonais continuent à mitrailler l’avion au sol et lâchent quelques bombes mais, fort heureusement, celles-ci ratent leur cible.

PRÉPARATION DU SAUVETAGE

Afin d’éviter d’être repérés et à nouveau pris à partie, l’avion est recouvert de feuilles de palmier et d’autres branchages et feuillages. Jugeant l’appareil réparable, les naufragés se lancent dans un trek de cinq jours à pied et, plus tard, à cheval, afin d’atteindre la gare la plus proche sur la voie du chemin de fer Hanoï-Kunming. Rongé par la douleur, Rathje doit être porté presque partout.

D’après le rapport de l’équipage, le sauvetage semble impossible, mais Eurasia, qui ne peut pas se permettre de perdre le Ju 52/3m, se montre réticente à l’idée d’abandonner l’appareil dans la montagne. Après une longue planification, Fritz Schneider, directeur technique de la compagnie, part de Lao Kai pour rejoindre le site de l’accident le mercredi 19 juin, avec 33 chevaux et mules, et quatorze porteurs acheminant des pièces de rechange, des pneus, des essieux de train d’atterrissage, des feuilles de duralumin ondulées, et plus encore.

Après avoir réussi à négocier des montées abruptes, des pistes de montagne et de jungle traîtresses, de fortes pluies transformant la terre en un bourbier inextricable, la caravane atteint l’avion quatre jours plus tard, entre 300 et 400 m d’altitude du côté chinois de la frontière.

UN EXPLOIT INCROYABLE

Réparer un avion, même fortement endommagé, est une chose, mais le faire décoller depuis une pente raide et caillouteuse en une autre… Pendant que les mécaniciens s’affairent, les autres membres de l’expédition étudient le terrain afin de déterminer la meilleure manière de décoller une fois les réparations terminées.

Très rapidement, il apparaît que la seule solution valable consiste à creuser, à proximité de l’appareil, une piste en pente, la plus longue possible. Pour cela, il faut mobiliser aux alentours plus de 800 ouvriers pour tracer une piste de fortune, l’aplanir et la rendre praticable.

Ce travail titanesque une fois réalisé et l’appareil étant paré au décollage, on le hisse en haut de la courte piste… qui permet tout de même de quitter le sol sans encombre.

ÉPILOGUE

Bien qu’anecdotique pour des lecteurs français, cet épisode de l’aviation commerciale allemande en Extrême-Orient est significatif à plusieurs titres.

Au plan géopolitique, tout d’abord, le Reich allemand cherche, dès l’Après première guerre mondiale, à reconquérir une certaine aura au plan international en ouvrant de nouvelles routes aériennes vers l’autre bout du monde. Cependant, cette ouverture vise également à trouver de nouveaux alliés, qu’il s’agisse de la Chine nationaliste dans un premier temps, du Japon sous le Troisième Reich

Enfin, cet article démontre aussi que seule l’audace et l’opiniâtreté paient… et qu’à condition d’en avoir une farouche volonté, les aviateurs traversant une mauvaise passe peuvent finalement s’en sortir…

Éléments recueillis par Bernard Amrhein


SOURCE

  • Junkers Filmdokumente – Luftverkehr in China.

 

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