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    14 novembre 1944 – Le plus haut responsable de la Royal Air Force périt dans un crash près du Rivier d’Allemond (38/Isère)

    Pendant la deuxième partie de la seconde guerre mondiale, plusieurs bombardiers alliés (et allemands) se sont écrasé dans les Alpes – principalement du fait d’une mauvaise météorologie — faisant de nombreuses victimes, le plus souvent inhumées dans les cimetières locaux. Aujourd’hui, Pilote de montagne (PDM) relate un accident survenu en Isère à la mi-novembre 1944, dans lequel ont péri le plus haut gradé de la Royal Air Force (RAF) britannique, son épouse et cinq membres d’équipage…

    DÉROULEMENT DE LA MISSION

    Le mardi 14 novembre 1944, sur l’aérodrome de Northolt, près de Londres, il fait moins 10° Celsius et la météo est épouvantable. Malgré cela, l’Avro 685 ‘York’ (un quadrimoteur de transport à longue distance) immatriculé MW 126 et appartenant au 511e escadron de bombardement basé à Lyneham, décolle à 9 heures 07. À 10 heures, l’appareil croise un DC 47 ‘Skytrain-Dakota’ à hauteur du Cotentin. Il fait un temps exécrable : neige et glace fondue de 500 à 18 000 pieds. Comme les combats font encore rage de la mer du Nord aux Alpes, le plan de vol de l’avion prévoit un large détour passant à la verticale de Toulouse, Sète, Arles, Marseille, Toulon, Hyères, l’île d’Elbe, Rome et Naples-Pomigliano, où l’appareil doit se poser à 14 heures. Sans nouvelles de l’avion, l’alerte est donnée et des recherches sont entreprises de part et d’autre de la route prévue.

    Ce même mardi 14 novembre1944, il est 12 heures 40, il neige abondamment sur les Alpes et des habitants du Rivier d’Allemond et de Fond de France entendent un bruit de moteur d’avion, suivi d’une explosion. La gendarmerie est alertée mais les recherches entreprises sont rapidement abandonnées en raison des circonstances atmosphériques exceptionnellement mauvaises.

    Le dimanche 26 novembre, soit près de deux semaines plus tard, toutes les recherches sont abandonnées.

    UN PASSAGER DE MARQUE

    Ce n’est pas la première fois qu’un appareil anglais ou américain disparaît quelques mois en montagne. Cependant, cet accident revêt un caractère assez extraordinaire car la mission de l’équipage est de transporter l’Air Chief Marshal Trafford Leigh-Mallory (et son épouse Doris) jusqu’à Ceylan, puis en Birmanie, où il doit prendre les fonctions d’Air Commander-in-Chief of South East Asia Command (SEAC/Commandant en chef des forces aériennes alliées en Asie du Sud-Est [CECF3ASE]) pour terminer la guerre contre l’empire du Japon.

    Pour mémoire, Trafford Leigh-Mallory est le frère cadet de l’alpiniste britannique George Herbert Leigh-Mallory, porté disparu dans sa tentative de conquête du mont Everest à partir du dimanche 8 juin 1924. Au moment de l’accident, l’ex-commandant en chef des forces aériennes alliées pendant la Bataille de Normandie est le plus gradé des officiers de la Royal Air Force.

    LES CIRCONSTANCES DU DRAME

    D’après le plan de vol, l’appareil aurait dû longer la côte de la Méditerranée pour ensuite bifurquer vers Naples. Dans les faits, l’appareil survole la région grenobloise et s’écrase dans la chaîne de Belledonne[xiii] à deux kilomètres du Rivier d’Allemond, ce qui implique qu’il se soit complètement perdu dans la tempête de neige.

    D’après le compte rendu de la commission d’enquête, l’appareil volait à une 8 000 pieds (environ 2 838,4 m), ce qui est très bas, et il n’est pas étonnant qu’il ait perdu de l’altitude dans la neige et dans le brouillard. Le Squadron Leader Charles Gordon Lancaster, pilote et commandant de bord, aurait manifesté son intention de rebrousser chemin. Malheureusement, usant de sa position, l’Air Marshal aurait ordonné de poursuivre la mission, ce qui aurait conduit à cette issue fatale.

    L’appareil est complètement détruit et les 10 occupants meurent, certainement sur le coup. Mallory est le plus haut gradé allié à mourir durant la guerre.

    MACABRE DÉCOUVERTE

    Près de six mois et demi plus tard, le lundi 4 juin 1945, Séraphin Mathieu, qui monte à son chalet d’alpage, découvre une aile d’avion de grande dimension et se souvient du bruit formidable du 14 novembre précédent. L’épave est retrouvée au lieu-dit ‘Clessy’, à 2 260 mètres d’altitude, à deux heures trente de marche du Rivier d’Allemond, la gendarmerie et les autorités américaines sont prévenues de cette découverte.

    Les corps sont identifiés et descendus à dos de mulet au Rivier d’Allemond et c’est dans le petit cimetière du village que sont inhumés, dans la plus stricte intimité, le vendredi 15 juin 1945, les corps du :

    • Squadron Leader Charles Gordon Lancaster, pilote, 2 045 heures de vol ;
    • Flight Lieutenant Peter Chinn, co-pilote
    • Flight Lieutenant Alan Mooring ,navigateur.
    • Flight Lieutenant John Casey, radio.
    • Flying Officer Alfred Enser, mécanicien.
    • Corporal John Burgest ,aide-mécanicien.
    • Steward, Sergent Harold Chandler ;
    • Soldat John Burnet, passager ;
    • Sir Trafford Leigh Leigh-Mallory ;
    • Lady Doris Leigh-Mallory…

    Une plaque commémorative est inaugurée sur le lieu de l’accident un petit musée retrace l’accident et les recherches qui ont suivi.

    ÉPILOGUE

    Le drame du Rivier d’Allemont est exceptionnel à plus d’un titre.

    Il y a bien entendu, le fait que périsse dans ce crash une personnalité hors du commun ainsi que son épouse, alors que le conflit n’est encore loin d’être terminé. Une pensée, aussi, pour les sept membres d’équipage et pour le simple soldat transitant dans cet appareil…

    Il y a ensuite le fait que l’avion ait dérivé d’une manière incroyable à cause de conditions météorologiques épouvantables et, enfin, le drame de l’abus manifeste d’autorité d’un héros de l’Empire britannique, contredisant la décision du pilote et commandant de bord.

    À bien des égards, cet événement oublié, sauf des riverains, nous instruit sur bien des choses.

    Éléments recueillis par Bernard Amrhein

    SOURCES

    PdM
    PdM
    Pilote de montagne (PDM) est une association à but non lucratif accueillant tous les amoureux de l’aviation en général, et du vol en montagne en particulier.

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