8 janvier 1933 – Le recordman australien Bert Hinkler disparaît en montagne au cours d’une nouvelle tentative Angleterre-Australie


Herbert (‘Bert’) John Louis Hinkler n’est pas un pilote de montagne, loin s’en faut. Cependant, pour réaliser des exploits tels que le vol Angleterre-Australie, il faut par moment franchir des massifs montagneux (même modestes) et, comme lui, prendre le risque de s’y perdre corps et âme. En ce 90 Anniversaire de sa disparition, Pilote de montagne (PDM) retrace les grands moments de la carrière d’un aviateur des antipodes malheureusement trop méconnu en France…

NAISSANCE ET JEUNESSE

Né le jeudi 8 décembre 1892 à Bundaberg, dans le Queensland (Australie), Herbert John Louis Hinkler est le fils de John William Hinkler (un immigré d’origine allemande) et de Frances Atkins Bonney.

Dans sa jeunesse, il construit des planeurs et vole au-dessus des plages près de sa ville natale. Il devient le mécanicien de l’aviateur Arthur Burr Stone qui effectuer quelques vols de démonstration à Sydney.

PREMIER CONFLIT MONDIAL

En 1913, Hinkler se rend en Angleterre où il travaille pour la Sopwith Aviation Company.

Pendant la Grande Guerre, il sert dans le Royal Naval Air Service en tant que canonnier et observateur en Belgique puis en France et se voit décerner la Distinguished Service Medal.

En 1918, Hinkler est affecté à l’escadron n° 28 de la Royal Air Force (RAF) et sert comme pilote en Italie.

L’APRÈS-GUERRE

Après la guerre, il travaille comme pilote d’essai pour le constructeur d’avions Avro, à Southampton, dans le sud de l’Angleterre. Lorsque le gouvernement australien offre 10 000 £ comme récompense pour le premier vol ralliant l’Australie, Hinckler relève le défi mais sa machine s’écrase en Europe pendant une tempête.

En 1921, un Avro 534 ‘Baby’ est expédié à Sydney. Avec un plein de carburant, Hinkler atteint Bundaberg après un vol sans escale de 1 370 km.

Durant les années 1920, l’aviateur participe à de nombreux évènements et établit plusieurs records de vol sans escale, comme celui d’Angleterre à la Lettonie. Il participe également à la Coupe Schneider.

LE VOL RECORD ANGLETERRE-AUSTRALIE

Hinkler effectue le premier vol solo entre l’Angleterre et l’Australie, au départ de l’Angleterre, le mardi 7 février et atterrit à Darwin, le mercredi 22 février 1928. Cela a réduit le record entre l’Angleterre et l’Australie de 28 jours à un peu moins de 15 jours et demi. L’avion utilisé est un Avro Avian, immatriculé G-EBOV. Le vol est peu suivi au début, mais lorsque Hinkler atteint l’Inde, il suscite enfin l’intérêt des médias.

Le record est ramené à une quinzaine de jours au lieu de 28, ce qui est remarquable pour l’époque. Il atteint Darwin le 22 février 1928 et fait sensation dans les médias locaux. Ainsi, le Brisbane Courier se fait l’écho de ses lecteurs en titrant : « Well done, Mr Hinkler! Australia is proud of you ! » (« Bravo Monsieur Hinkler, l’Australie est fière de vous ! »)…

Le lundi 27 février 1928, Hinkler fait un retour triomphal dans sa ville natale de Bundaberg et est acclamé par une foule venue nombreuse. Le Brisbane Courier détaille l’excitation de la foule lorsqu’apparaît l’appareil.

« Lorsqu’on l’a aperçue la première fois, la machine arrivait par une trouée en forme de V dans les nuages, volait haut et la foule devenait folle d’enthousiasme… La tache s’est agrandie, puis l’avion a traversé les nuages, formant une image impressionnante, avec le soleil en arrière-plan. Puis Hinkler s’éloigna et plongea en spirale, tandis que la foule excitée s’époumonait. Il contourna l’assemblée, puis les ailes s’inclinèrent, et il descendit, avec un long glissement, les roues touchant la terre bien à l’intérieur de la piste… La foule s’est immédiatement déchaînée et a bondi dans un enthousiasme incroyable. Avec difficulté, on écarta la foule pour que Madame Hinkler et les membres de la famille puissent accueillir l’aviateur sur le côté de la machine. Bert débarqua de la machine et il y eut une scène de retrouvailles touchante. Puis la foule prit possession de l’intrépide aviateur, et le porta sur ses épaules jusqu’au camion servant de tribune » (Brisbane Courier, 28 février 1928, p. 13).

Ces scènes de liesse se répètent à Brisbane le mardi 6 mars 1928, lorsqu’Hinkler arrive en avion et atterrit sur l’hippodrome d’Ascot où se trouvent environ 12 000 spectateurs venu l’accueillir en héro. Après avoir paradé à travers les rues de Brisbane, une réception civique se tient à l’Hôtel de ville. La State Library of Queensland (SLQ) prend de nombreuses clichés documentant cet événement extraordinaire.

La State Library of Queensland conserve encore des documents personnels de Bert Hinkler dans ses collections (OM68-24 Bert Hinkler Papers ca. 1909-1932). Parmi ceux-ci, 52 télégrammes de felicitations envoyés à Hinkler en 1928, dont un expédié par la chanteuse d’opéra Nellie Melba. La plupart de ces télégrammes ont fait l’objet d’une réponse manuscrite notée en en-tête, probablement de la main même de Hinkler.

Pour son exploit, il se voit attribuer l’Air Force Cross en 1928.

PREMIÈRE TRAVERSÉE DE L’ATLANTIQUE SUD

En 1931, aux commandes d’un de Havilland DH. 80 A ‘Puss Moth’, Hinkler effectue un vol Canada/New York puis, non-stop, vers la Jamaïque, soit une distance de 2 400 km (1 500 milles). Il poursuit ensuite vers le Venezuela, la Guyana (la Guyane britannique), le Brésil, puis traverse l’océan Atlantique vers Afrique, cette partie du voyage s’effectuant dans des conditions climatiques très difficile. De l’Afrique de l’Ouest, il s’envole pour Londres, où il se voit attribuer le trophée Segrave, le prix Johnston et le trophée Britannia pour le vol le plus exceptionnel de l’année. Il s’agit du premier vol en solo à travers l’Atlantique Sud mais seulement de la deuxième traversée de l’Atlantique en solitaire, après celle de Charles Lindbergh.

UN DESTIN TRAGIQUE

Le samedi 7 janvier 1933, Hinkler quitte l’aérodrome de Feltham (Angleterre) et se lance dans une tentative pour battre une nouvelle fois le record de vol vers l’Australie en le ramenant à huit jours et 10 heures.

Malheureusement, son corps est découvert dans le massif du Pratomagno, en Toscane (Italie). Son avion s’est sans doute écrasé le 8 janvier 1933…

Il est enterré, avec tous les honneurs militaires dus à son rang et sur ordre express de Benito Mussolini, dans le cimetière protestant de Florence. Un monument à sa mémoire est ensuite érigé par l’ Aéro-Club Aretino au Passo Della Vacche, dans les Alpes.

UNE RELIQUE DE SON AVION DANS L’ESPACE

Au début de l’année 1986, un petit morceau de bois, relique de l’un de ses planeurs, est offert à l’astronaute américain Don L. Lind en signe de reconnaissance pour sa venue à Bundaberg.

Lind transmet ladite relique à Dick Scobee, qui l’emporte avec lui à bord de la navette spatiale Challenger lors de la mission STS-51-L, à l’intérieur d’un petit sachet en plastique qu’il a placé dans ses affaires. Tous les astronautes de la mission Challenger périssent dans l’explosion de la navette.

Le sachet et le morceau de bois sont finalement récupérés en mer, puis rendus plus tard au Hinkler Memorial Museum de Bundaberg…

HOMMAGE

Pour l’anecdote, un petit satellite de Saturne a été dénommé ‘Hinkler’ en son honneur.

RETOUR VERS LE FUTUR

Un article paru le dimanche 27 octobre 2019 à l’occasion du ‘World Day for Audiovisual Heritage’ (Journée mondiale du patrimoine audiovisuel [JMDA]) de l’UNESCO et intitulé ʺBert Hinkler’s ‘gospel of the air’ʺ (le « ‘Gospel de l’air’ de Bert Hinkler ») annonce la publication d’un enregistrement sonore du message adressé par Bert Hinkler à l’Australie (ʺIncidences of my Flightʺ), le 13 mars 1928. Une autre occasion de « dialoguer avec le passé par le son et l’image »

Intitulé ‘OH 14 Bert Hinkler Oral History, 13 March 1928’, ce document sonore a été enregistré à trois reprises, chacun avec des réglages différents, à partir du disque original (un 78 tours) de Columbia, afin de maximiser la clarté de lecture. Il reste cependant des bruits étrangers dans l’enregistrement, des bosses étouffées et des crépitements, ce qui ne fait que souligner l’exploit d’écouter, et non de lire, ce bout d’histoire du Queensland tel qu’il est prononcé par son auteur.

“I want to tell you a few things about flying” (« Je veux vous dire quelques choses sur l’aviation…»).

Le discours de Hinkler commence par la reconnaissance de Lawrence Hargrave : « Le vol aérien n’aurait pas été plus lourd si ce n’avait été de ce grand pionnier »… avant qu’il ne parle avec justesse de l’aviation volant de victoire en victoire.

« Je me hasarde à prétendre que, dans 20 ans, l’avion sera peut-être un objet aussi familier dans notre système, qu’une voiture à moteur aujourd’hui. »

Fort de son succès récent, Hinkler annonce que les avions légers inaugurent une nouvelle ère de transport personnel en Australie et proclame que tout ce dont on a besoin pour voler « est un avion, des discriminations de niveaux, un terrain d’atterrissage de quelques centaines de mètres carrés et une connaissance mécanique qui n’est pas plus grande que celle que possède l’automobiliste moyen sensé ».

Hinkler parle comme quelqu’un conforté par un succès fondé sur la détermination et le courage. Son sens contagieux de l’aventure est suffisant pour inspirer un fossick dans l’acquisition d’une licence de pilote personnel, et de l’ajouter à la liste des choses à faire.

« S’asseoir dans un petit cockpit douillet, voir le monde s’éloigner en bas, entendre la douce note uniforme du moteur… eh bien, pour moi, voler… c’est le sel de la vie. »

Son enthousiasme est fondé sur sa vision de l’Australie ayant autant de pilotes brevetés que de conducteurs. Près d’un siècle plus tard, il s’agit plus de commander un hélicoptère via Uber.

Lorsqu’Hinkler mentionne combien il est moins cher et plus rapide de voler que de rouler sur la même distance de l’Angleterre à Karachi au Pakistan, et que vous pourriez prendre une machine volante comme la sienne pour 750 £ avec de bas frais généraux, vous pouvez pratiquement entendre les arguments des futurs investisseurs de Qantas. En plus d’écrire lui-même dans un chapitre de l’histoire de l’aviation, il n’est pas difficile d’imaginer qu’il a incité certains auditeurs à suivre son exemple.

ÉPILOGUE

Comme le démontre son accident fatal, Herbert (‘Bert’) John Louis Hinkler était loin d’être un pilote de montagne confirmé.

Malgré tout, il peut être cité en exemple pour l’ensemble de ses qualités personnelles, dont la persévérance et la constance dans l’effort… c’est-à-dire celles nécessaires aux pilotes de montagne chevronnés

Éléments recueillis par Bernard Amrhein


SOURCES

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