20 décembre 1964 – Inauguration officielle des liaisons Courchel-Megève-Méribel


Pendant les Trente glorieuses, et tout particulièrement pendant les années 1960, rien, en France, n’arrête la course effrénée vers le progrès technique avec, en corollaire, l’émergence de la civilisation dite « des loisirs ».

Avec l’essor des stations de ski, les vacances de neige deviennent accessibles à une classe aisée locale, régionale, puis internationale. Pour accompagner ce développement, Michel Ziegler et Robert Merloz imaginent créer une société d’aviation permettant d’atteindre ces lieux de villégiature, puis les sommets.

Après la création et le succès des altiports de Courchevel et de Méribel, Megève se met au diapason en inaugurant son propre altiport fin 1964. C’est sur cet événement que Pilote de montagne (PDM) revient en ce jour anniversaire.

AIR ALPES EN RECHERCHE DE TERRAINS

Le samedi 1er juillet 1961, Michel Ziegler et Robert Merloz créent, ensemble, mais pas à parité, la société Air Alpes. L’objectif de la compagnie est de relier les grandes métropoles régionales disposant d’un aéroport national (Lyon-Bron), voire international (Genève), à la station alors en pointe (Megève…) afin d’éviter à une clientèle aisée les aléas d’un voyage sur des routes nationales et départementales alors surchargées et particulièrement dangereuses.

Dans cette première phase d’élaboration d’un concept commercial viable, Megève, ne croyant pas au projet, le rejette. Michel et Robert sont donc contraints de se replier sur la Tarentaise, où les stations montantes de Courchevel et de Méribel les accueillent à bras ouverts. L’année 1962 est consacrée à réaliser les pistes d’aviation et à la sélection d’un type d’avion capable de monter à très haute altitude sans s’essouffler.

En effet, un autre pan du modèle économique d’Air Alpes repose sur les activités en haute montagne, qu’il s’agisse de la dépose des skieurs sur les sommets ou sur les glaciers, du ravitaillement des refuges de haute montagne, du largage de parachutistes sur neige, du suivi des étapes du Tour de France pour l’ORTF[1] ou de l’utilisation comme taxi aérien. N’oublions pas qu’à cette époque, les hélicoptères à piston ne sont pas encore capables d’évoluer à très haute altitude. Le choix se porte donc sur le Pilatus Turbo Porter équipé d’une turbine mise à disposition par un nouvel actionnaire en la personne de Joseph Szydlowsky, fondateur de Turboméca et inventeur du mot “altiport”.

MEGÈVE COMBLE SON RETARD

La saison hivernale 1962-1963 étant un immense succès pour Air Alpes, Michel Ziegler revient à la charge pour conquérir Megève. Cependant, la municipalité s’étant déjà montrée réticente, mieux vaut trouver de puissants appuis pour se mettre en position favorable.

Il rencontre donc le baron Edmond de Rotschild, propriétaire du terrain de la Plaine-Joux[2], en fond de vallée. Arguant du fait qu’une liaison aérienne mettrait Megève (alors station emblématique de la Jet-Set) à 10 minutes de Genève, il convainc son interlocuteur d’appuyer sa démarche auprès du maire, André Mollard.

L’année 1964 est donc consacrée à réaliser une piste en terre battue (en attendant que l’herbe pousse) qui, une fois la neige tombée, permettra d’accueillir des avions équipés de skis. L’inauguration des liaisons Courchevel-Megève-Méribel étant programmée pour le 20 décembre, Robert Merloz est missionné pour effectuer in situ, et dans des conditions proches du posé inaugural, une reconnaissance du nouvel altiport. Celle-ci a lieu le 11 décembre. Malheureusement, aucune image de cette première n’est disponible à ce stade (tout document à ce sujet sera le bienvenu).

20 DÉCEMBRE 1964…

Le jour dit, une foule relativement nombreuse et tout un aréopage de personnalités locales, départementales et nationales sont regroupées et attendent l’atterrissage du Pilatus. Éditée en 2017, la brochure intitulée Cinquante ans d’aviation à Megève relate l’événement :

« Une foule de spectateurs et de personnalités de l’époque, venus de toute la région et même de Paris, sont réunis près du petit chalet de bois et du grand hangar édifiés en amont de la toute nouvelle piste dont Megève vient de se doter.

Mais le ciel joue les trouble-fête. Les invités ont beau scruter le ciel, ils ne devinent pas même les aiguilles Croche tant le brouillard est dense. Soudain, ils entendent tournoyer au-dessus de leurs têtes le Pilatus d’Air Alpes cherchant l’aire d’atterrissage.

Le lendemain, Le Dauphiné Libéré relatait l’instant de manière éloquente : “Brutalement, il creva la nappe de brouillard et apparut à l’extrémité de la piste. Blanc comme un cygne du lac, il se posa, et sous les palmes d’acier, la neige jaillit en gerbes. Michel Ziegler, le directeur d’Air-Alpes salua l’exploit de son pilote Robert Merloz : applaudissez Robert, il le mérite !”

La liaison aérienne Megève-Courchevel-Méribel était officiellement ouverte. »

Bernard Amrhein

  1. Arrivée du Pilatus Turbo Porter d’Air Alpes siglé ORTF.
  2. Michel Ziegler (à gauche) et Robert Merloz (le pilote, au centre), serrent la main du Maire de Megève, André Mollard.
  3. Monsieur Robert Patou, Préfet de Haute-Savoie (à gauche) et Robert Merloz (à droite).
  4. Robert Merloz pointant le doigt vers le mont Blanc, certainement pour désigner le dôme du Goûter, lieu de l’accident survenu en Pilatus, en compagnie de Michel Ziegler, le 2 septembre 1961.

NOTES

[1] « L’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF) est un établissement public à caractère industriel et commercial succédant à la RTF il est créé en 1964 et dissout en sept sociétés distinctes en 1974, ayant pour mission la tutelle de la radiodiffusion et de la télévision publique, la gestion des émetteurs et de la production audiovisuelle nationales et régionales. » 

[2] Terrain cédé ultérieurement à la municipalité de Megève.


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