13 novembre 1950 – Un C-54 B1 « Skymaster » canadien s’écrase sur les pentes de l’Obiou


Le lundi 13 novembre 1950, vers 18 heures, le ciel est bouché et il neige au-dessus de 2 000 mètres d’altitude sur les Alpes du Dauphiné. C’est dans ces conditions qu’un C-54 B1 ‘Skymaster’ canadien, immatriculé CF-EDN, dérive de cent kilomètres vers l’Est et heurte le sommet de l’Obiou (38/Isère). Survenu 10 jours à peine après la catastrophe du Constellation ‘Malabar Princess’ d’Air India sur les pentes du mont Blanc, ce terrible accident fait 58 morts, dont 7 membres d’équipage…

CIRCONSTANCES DU DRAME

Le quadrimoteur appartient à la compagnie ‘charter’ canadienne Curtiss-Reid Flying Service de Cartierville (Québec). Le ‘Canadian Pilgrim’ (Pèlerin canadien) ramène des pèlerins de retour de Rome, où ils ont assisté à la béatification de Marguerite Bourgeoys par le Pape Pie XII, vers Montréal via Paris, Shannon (Irlande) et Keflavík (Islande). L’appareil a décollé de l’aéroport de Ciampino (Italie) à 14 h 16 et doit remonter la vallée du Rhône.

Le pilote fait alors une erreur de navigation due à la dérive vers l’est provoquée par un vent d’ouest plus fort que prévu. Il s’éloigne alors d’une centaine de kilomètres de sa route normale, suivant peut-être la Durance, qui peut être confondue avec le Rhône par faible visibilité. À la nuit tombée, l’appareil vole à 6 000 ft (pieds) entre Gap et Grenoble, puis heurte la pente orientale de la Grande Tête de l’Obiou (2 789 m d’altitude).

L’appareil explose et projette ses débris dans la combe, face nord, jusqu’à plus d’un kilomètre du point d’impact. Des traces de choc sont observées sur l’arête est de l’Obiou, que l’avion a heurtée de son aile droite. Les opérations de recherche et de secours sont rapidement organisées mais il faut plusieurs heures pour rassembler et acheminer les sauveteurs sur les lieux de l’accident. L’épave est recouverte de neige et il n’y a pas de survivant.

Les circonstances de l’accident paraissent donc assez claires.

COMPLOTISME

Pendant une quarantaine d’années, c’est l’hypothèse d’un crash dû à des conditions météorologiques dégradées qui prédomine…

… Jusqu’à ce qu’un professeur et géographe canadien Louis-Edmond Hamelin publie, en 1990, un ouvrage intitulé L’Obiou, entre Dieu et Diable. Sans prendre véritablement parti, l’auteur émet l’hypothèse d’un détournement d’avion raté, organisé pour faire main-basse sur les souvenirs religieux (sic) transportés par les pèlerins… ou sur du matériel relevant de l’espionnage…

Cependant, ces élucubrations ne correspondent en rien aux déclarations des témoins ayant aperçu l’appareil successivement au-dessus de Sisteron, de Gap, puis du massif du Dévoluy.

FUNÉRAILLES

Le samedi 18 novembre 1950, une cérémonie officielle a lieu dans la cathédrale de Grenoble.

Tous les passagers sont inhumés autour d’une petite chapelle commémorative située à l’entrée du village de La Salette-Fallavaux[xvi], proche du lieu de l’accident.

Dans son enceinte ont été dressées des statues de Notre-Dame de la Salette et des deux enfants auxquels elle est apparue, construites à partir des débris de l’avion.

Pour leur part, les membres d’équipage :

  • Orville-Alfred Olmstead, pilote ;
  • Robert-James Henderson, copilote ;
  • Henry-Thomas Warkentin, navigateur ;
  • Arthur Bethwell, navigateur ;
  • Dennis-Norman Nichols, opérateur-radio ;
  • Roderick-Malcolm McIsaac, purser ;
  • Helen-Marjory Johnston, hôtesse de l’air,

auraient été inhumés, à l’origine, dans un cimetière grenoblois.

TÉMOIGNAGE

Le hasard a voulu que René Detoc, curé d’Igé dans le Perche (61/Orne), tout juste ordonné prêtre, rencontre quelques jours plus tôt deux de ces pèlerins. En effet, Achille Goulet et son épouse, avant qu’ils ne s’envolent vers Rome pour assister aux cérémonies de béatification de Marguerite Bourgeoys, font fait halte sur la terre des ancêtres Goulet (Normandel, La Poterie-au-Perche, Saint-Maurice-lès-Charencey).

65 ans plus tard, René Detoc se souvient et raconte son émouvante rencontre à Louise et Pierre Guimond, amis canadiens venus lui rendre visite en avril 2014…

Le témoignage ci-dessous a été recueilli par Michel Ganivet, président de l’association Perche-Canada.

ÉPILOGUE

Deux catastrophes aériennes pendant ce même mois de novembre 1950, cela fait beaucoup à encaisser pour l’opinion publique, dont l’attention restera focalisée sur le ‘Malabar Princess’, certainement parce qu’il semble plus « exotique » et parce que l’action se déroule dans un décor de neiges que l’on croit encore éternelles… peut-être aussi parce qu’un guide de haute montagne est mort en tombant dans une crevasse.

Toujours est-il que les secours font le nécessaire pour évacuer les dépouilles mortelles des passagers et pour les rassembler dans un même lieu de recueillement.

Nous sommes donc loin, très loin des polémiques engendrées, à retardement il va de soi, du sort réservé à certains restes humains des deux catastrophes aériennes d’Air India, celle du ‘Malabar Princess’, comme on l’a vu, mais aussi celle du ‘Kangchenjunga’, survenue, elle aussi, sur le mont Blanc, le lundi 24 janvier 1966.

Éléments recueillis par Bernard Amrhein

 


SOURCE

 

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