5 novembre 1911 – Sur le point d’achever la première traversée transcontinentale en avion, Calbraith Perry Rodgers s’écrase à Passadena (Californie)


Aujourd’hui, Pilote de montagne (PDM) s’attarde sur un pilote américain hors normes qui, au tout début de l’aviation, réalisa – certainement malgré lui – l’exploit de rallier la côte est des États-Unis d’Amérique à la Californie. En effet, notre héros sachant à peine voler, a raté la plupart de ses atterrissages et a dû, après chaque crash, dont certains le diminuant physiquement, remettre son appareil en état de voler pour, ensuite, se relancer à l’aventure. Portrait d’un aviateur atypique qui aurait pu être le premier homme à franchir les montagnes Rocheuses par la voie des airs…

RÉSUMÉ

Calbraith Perry Rodgers (dimanche 12 janvier 1879 – samedi 3 avril 1912) est un pionnier de l’aviation américaine. Il a réalisé la première traversées transcontinentale en survolant, en avion, les États-Unis d’Amérique entre le dimanche 17 septembre et le dimanche 5 novembre 1911, effectuant des dizaines d’escales, prévues et imprévues, la plupart d’entre elles par accident. Le destin en fait une célébrité nationale mais il périt dans un crash quelques mois plus tard, lors d’une démonstration en Californie.

Né à Pittsburgh (Pennsylvanie) le dimanche 12 janvier 1879, Calbraith Perry Rodgers est le fils de Calbraith Perry Rodgers père et de Maria Chambers Rodgers. Son père, capitaine dans l’United States Army, décède en 1878, avant sa naissance. Au rang de ses ancêtres figurent le Commodore John Rodgers, son grand-père paternel, Oliver Hazard Perry, son arrière-grand-père maternel, et Matthew Calbraith Perry, son arrière grand-oncle. Il est également le cousin de John Rodgers, un pionnier de l’aéronavale américaine connu pour avoir établi le record du plus long vol non-stop en hydravion, en parcourant 1 992 miles (3 206 km) en tentant de joindre San Francisco (Californie) à Honolulu (Hawaï) en 1925.

En 1885, à l’âge de six ans, Rodgers, contracte la scarlatine, ce qui le rend sourd d’une oreille et mal entendant de l’autre, lui barre irrémédiablement l’accès à une carrière dans l’United States Navy et met un terme à une tradition familiale. Il poursuit donc des études tout d’abord à domicile, puis à la Mercersburg Academy. En 1902, Rodgers rejoint sa mère et sa sœur à New York City, devient membre du New York Yacht Club (NYYC) et, en parallèle, conduit des motos et des voitures. En 1906, il épouse Mabel Avis Graves mais n’a pas d’enfants avec elle. Le couple réside à Havre de Grâce, dans le Maryland.

En juin 1911, Rodgers rend visite à son cousin John, le pilote de l’aéronavale qui, depuis de mois de mars, est en stage à l’usine de la Wright Company tout en fréquentant l’école de pilotage de Dayton, dans l’Ohio. De cette rencontre naît la vocation de pilote de Rodgers, à qui Orville Wright prodigue une leçon de pilotage de 90 minutes (seulement). Du coup, John et Calbraith acquièrent ensemble un Wright Flyer et c’est le lundi 7 août de la même année que notre héros passe son examen de pilote à Huffman Prairie et devient ainsi le 49e pilote breveté de la Fédération Aéronautique Internationale et le premier civil américain propriétaire d’un avion.

Au lieu de s’envoler vers chez lui, Rodgers rejoint, en avion, le ‘1911 Chicago International Aviation Meet’, dans le cadre duquel il défie les meilleurs aviateurs de l’époque. Il y établit plusieurs records, dont celui de la durée de vol, ce qui lui permet de remporter un prix de 11 285 dollars américains.

PRÉPARATION DE L’EXPÉDITION

Le dimanche 10 septembre 1910, l’éditeur William Randolph Hearst offre un prix portant son nom et promet 50 000 dollars américains au premier aviateur qui reliera la côte atlantique à la côte pacifique, quelle que soit la route choisie, mais en moins de trente jours du départ à l’arrivée, l’échéance étant fixée au mercredi 11 octobre 1911. Rodgers persuade Jonathan Ogden Armour, de l’Armour & Company, de sponsoriser sa participation. En échange, il accepte de baptiser son avion du nom de la société de jus de fruits Vin Fiz

Composé de six wagons, le train spécial, comprenant également un wagons-lits, comportant un restaurant et une échoppe, également rempli de pièces détachées, est constitué pour suivre Rodgers, qui prévoit de suivre la voie ferrée.

Le toit des wagons comporte un marquage permettant à Rodgers de suivre le train dans les principales villes.

Le Wright Model EX est un démonstrateur. Il est développé à partir du Wright Model R de 1910 et comprend des aile plus courtes ainsi que d’autres améliorations visant à réduire la traînée. Il s’agit d’un biplan monoplace d’une longueur de 6,553 mètres et d’une envergure de 9,601 mètres, propulsé par un moteur Wright 4 cylindres en ligne refroidi par eau, d’une puissance de 30 CV, activant deux hélices propulsives entraînée par chaînes. Sa vitesse maximale est d’environ 99,8 km/h.

Rodgers décolle de Sheepshead Bay (Brooklyn), dans l’État de New York, le dimanche 17 septembre 1911 à 16 h 30. Il atteint Chicago, le seul point de contrôle obligatoire, le dimanche 8 octobre seulement, ce qui retient l’attention des médias au plan national.

RODGERS EN CALIFORNIE

Afin de contourner les montagnes Rocheuses, Rodgers emprunte une route méridionale, en survolant les plaines du Midwest pour atteindre le Texas. Il file ensuite plein Ouest après avoir atteint San Antonio. Le dimanche 5 novembre, dépassant la date butoir de l’attribution du prix de dix-neuf jours, il atterrit dans le Tournament Park de Pasadena (Californie), à 16 h 04, devant 20 000 personnes. Il redécolle de Pasadena le dimanche 12 novembre mais s’écrase à Crompton (Californie) et se blesse gravement.

Afin de permettre à Rodgers de terminer son voyage, la municipalité de Long Beach (Californie) lui promet une prime de 1 000 dollars américains s’il atterrit sur la plage. Une fois le Vin Fiz réparé, il atteint la côte le dimanche 10 décembre, survole brièvement l’océan Pacifique, atterrit sur ladite plage et fait rouler son avion dans l’eau pour immortaliser l’événement d’une manière plus spectaculaire, le tout devant une foule de 50 000 personnes ne voulant pas rater la fin du premier vol transcontinental.

Rodgers accomplit également, ainsi, le premier vol aéropostal américain transcontinental. Le périple a nécessité 70 haltes, dont un nombre incalculable de crashes et d’atterrissages d’urgence. Pour mémoire, l’aviateur devait payer Charlie Tay, le technicien de la Wright Company qui accompagnait le convoi et assurait la maintenance et les réparations, la bagatelle de 70 dollars américains par semaine… Le vol transcontinental suivant fut effectué par Robert G. Fowler.

UN CRASH FATAL

Le samedi 13 avril 1912, lors d’un vol d’exhibition au-dessus de Long Beach, Rodgers traverse une nuée d’oiseaux et s’abîme dans l’océan. Il se brise la nuque et son thorax est enfoncé par le moteur de l’avion. Il décède quelques instants après l’accident, à quelques encablures de l’endroit même où il avait achevé son vol transcontinental avec le Vin Fiz. L’appareil qu’il pilotait pour l’occasion était le Model B de secours amené par le convoi ferroviaire.

 

Selon les statistiques de l’époque, il s’agissait du 127e avion à s’être écrasé depuis les débuts de l’aviation et du 22e aviateur américain à périr dans un accident aérien. Rodgers est également le premier aviateur à décéder du fait d’un impact aviaire.

Rodgers est enterré à l’Allegheny Cemetery, dans sa ville natale de Pittsburg.

 

Quant au Vin Fiz, il est par la suite offert à la Smithonian Institution par la veuve de Calbraith Rodgers. Il fait depuis lors partie intégrante du National Air and Space Museum (NASM) de Washington.

ÉPILOGUE

Empêtré dans des commandes de vol extrêmement sommaires et rustiques, Calbraith Perry Rodgers ne souhaitait rien moins que de relier les deux océans en évitant de se compliquer les choses. Dans ce contexte, il voulait à tout prix éviter des massifs montagneux potentiellement générateurs de dangers et de risques superfétatoires.

C’est pourquoi il a choisi la route la plus au sud des États-Unis d’Amérique, c’est-à-dire le long de la frontière terrestre avec le Mexique. Il aura certainement suivi, le plus longtemps possible, le cours du Rio Grande puis, à hauteur d’El Paso (Texas), il aura bifurqué plein ouest pour rallier la Californie. Il aura donc forcément survolé des terrains montagneux, surtout dans la zone du pic Chiracahua, culminant à 2 975 mètres d’altitude.

À cet égard, le site Internet Vin Fiz Revisited reconstitue, sur des cartes aériennes actuelles, les différentes portions de l’expédition de Calbraith Perry Rodgers.

Bien entendu, cet aspect de l’expédition semble complètement anecdotique (il est d’ailleurs complètement passé sous silence par l’aviateur lui-même) par rapport aux multiples péripéties relatées tout au long de cet article. Cependant, il nous semble important de faire connaître à nos lecteurs cette personnalité aussi fantasque que téméraire. Saluons, également, le véritable exploit que représente un vol d’une aussi longue distance, dont une partie dans des paysages de collines et de montagnes, rocheuses bien entendu, aux commandes d’un appareil somme toute archaïque.

Éléments recueillis par Bernard Amrhein


SOURCES

  • 5 November 1911, 5 November 1911: At 4:04 p.m., Calbraith Perry Rodgers completed the first transcontinental flight when he landed at Tournament Park, Pasadena, California, in front of a crowd of 20,000 spectators.
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