16 décembre 1953 – Jean Dabos bat le record d’altitude en hélicoptère


De nos jours, l’hélicoptère est devenu l’auxiliaire indispensable des opérateurs en haute montagne, qu’il s’agisse d’y acheminer des pondéreux ou de venir au secours des personnes en difficulté. Pourtant, ce genre d’appareils a mis du temps à réellement s’imposer dans un environnement propice à son intervention en vol stationnaire.

Aujourd’hui, Pilote de montagne (PDM) raconte les exploits de Jean Dabos et de sa drôle de machine.

PREMIERS ESSAIS EN FRANCE

En novembre 1953, le Centre d’essais en vol (CEV) prépare une campagne d’essais « hautes altitudes » à laquelle participe Jean Dabos, pilote d’essais de la Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest (SNCASO).

Deux hélicoptères SNCASO SO.1221 Djinn[1] sont convoyés au col de Montgenèvre (05/Hautes-Alpes), à 1 850 mètres d’altitude. Pour mémoire, le prototype en version monoplace SO.1220-01 immatriculé F-WCZX a pris son envol à Villacoublay le vendredi 2 janvier.

Pour sa part, le prototype SO.1220-02 immatriculé F-WGVD est un hélicoptère biplace doté :

  • d’un rotor de plus grand diamètre que celui envisagé pour le modèle de série ;
  • d’une turbine génératrice de gaz Palouste[2] de Turbomeca.
Une turbine à gaz Palouste Rolls-Royce

Le SO.1220 immatriculé F-GVH effectue son premier vol, en montagne, le lundi 14 décembre 1953.

Le mercredi 16 décembre 1953, l’un des participants ayant fait remarquer que le record du monde d’atterrissage en altitude est alors détenu par un américain, avec un poser à 3 000 mètres, Jean Dabos décide de monter au sommet du mont Chaberton (3 131 mètres d’altitude), qui domine la ville de Briançon, à la frontière franco-italienne.

Le sommet du mont Chaberton (ex fort italien)

Le mardi 29 décembre 1953, toujours aux commandes du prototype 02, mais sur la base aérienne de Villacoublay, il porte le record du monde d’altitude, pour hélicoptère pesant moins de 500 kg au décollage, à 4 789 mètres.

Le SO.1221PS Djinn en Suisse

L’Aviation légère d’observation d’artillerie (ALOA) française mise à part, le Djinn commence à attirer l’attention de nombreux pays, dont la Suisse. Ā ce point qu’à l’initiative du célèbre pilote Hermann Geiger, « L’Aigle de Sion », une démonstration a lieu près d’Interlaken en 1955. Pour montrer les possibilités de cet appareil, Jean Dabos décide de se poser au sommet de la Jungfrau, à 4 158 mètres d’altitude.

SO.1221 PS Djinn sur la Jungfrau

Dans ce but, Jean Dabos rassemble une équipe restreinte de techniciens en provenance de France avec l’appareil immatriculé F-WGVY, qui est le premier Djinn de présérie. Entre le lundi 7 février et le jeudi 3 mars, cet hélicoptère effectue plusieurs vols dans la région Eiger/Mönch/Jungfrau et se révèle comme un bon grimpeur.

Cependant, par deux fois, Dabos est contraint d’effectuer un atterrissage d’urgence. En février, pendant l’une des tentatives d’atterrissage sur le Jungfraujoch, une brusque perte de puissance le force à une longue autorotation. Fort heureusement, le pilote français parvient à passer le sommet de la montagne et le vol se termine par un atterrissage à Interlaken. Un autre problème technique contraint Dabos à atterrir sur le parking de la gare d’Interlaken. Les vols sont alors suspendus et ne reprennent que le jeudi 3 mars, les conditions météorologiques devenant plus clémentes. Ce jour-là, Dabos, en solo, décolle de la Jungfraujoch et, en moins de dix minutes, pose les patins sur le Mönch, à 4 105 mètres d’altitude.

Le jour suivant, tout près de la gare d’arrivée de la Jungfrau, à une altitude de 3 454 mètres, il effectue un vol stationnaire IGE[3] avec une personne sur chaque patin. Plusieurs autres vols sont réalisés par Jean Dabos et le mécanicien Jean Castagne afin de tester l’engin et recueillir toutes sortes de données techniques.

 

Au plan commercial, le petit hélicoptère attire l’attention d’Air Import (la première société d’hélicoptères en Suisse) et de l’armée de Terre confédérée. Impressionnée par les performances de la machine, Air Import décide d’en acquérir une pour 100 000 Francs suisses de l’époque. C’est ainsi que l’appareil immatriculé F-WHHU arrive par un vol Paris/Zurich-Kloten le vendredi 7 octobre pour être enregistré en Suisse et immatriculé HB-XAN le lundi 14 novembre 1955, devenant ainsi le premier hélicoptère à turbine du pays. Ce Djinn est également le premier à être vendu par la France à l’export. Parmi les aviateurs civils qui le font voler en Suisse on peut citer Emil Müller, Walter Demuth et Max Kramer.

Malheureusement, cet appareil est perdu le lundi 4 mai 1956 pendant une série de transports de matériel sous élingue entre le Wägitalersee et le Trepsenalp (Canton de Schwyz). Pendant la phase d’approche, le pilote perd le contrôle de la machine, qui s’écrase sur une aire enneigée. Le pilote s’en sort indemne mais l’hélicoptère n’est pas réparable.

L’année suivante, en 1957, le record d’altitude est porté à 8 492 m, mais sans être homologué.

Le Djinn deviendra un hélicoptère biplace d’observation et de liaison. Il sera produit à 178 exemplaires dont 100 pour l’Armée française, qui l’utilisera beaucoup en Algérie.

Bernard Amrhein


NOTES

[1]  « Le Djinn est un hélicoptère français dont le rotor est entraîné par éjection de gaz, comprimés par la turbine génératrice de gaz Palouste, injectés au niveau du moyeu rotor et canalisés jusqu’à l’extrémité des pales. L’absence de réaction au niveau du couplage moteur-rotor permet de faire l’économie d’un rotor anticouple. La totalité de la puissance est donc utilisée en portance. »

[2]  « La Palouste est une turbine à gaz française, conçue et développée par le constructeur Turbomeca et démarrée pour la première fois en 1952. Purement conçue comme un turbogénérateur d’air sous pression, la Palouste fut essentiellement utilisée comme unité de démarrage de turbomoteurs à terre. D’autres utilisations concernent par exemple un système de rotor propulsé par réaction pour hélicoptères, mettant en rotation le rotor principal de ceux-ci par jets d’air comprimé en bout de pales pour hélicoptères. »

[3] IGE : In Ground Effect / En effet de sol…

Previous 12 décembre 1918 - Godoy franchit la cordillère des Andes
Next 20 décembre 1964 - Inauguration officielle des liaisons Courchel-Megève-Méribel

No Comment

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code