3 avril 2022 – Rebondissement dans le crash d’héliski sur le glacier Knik (Alaska) du 27 mars 2021


Le samedi 27 mars 2021, le crash de l’hélicoptère Airbus AS350B3 de la compagnie Soloy Helicopters sur le glacier Knik (Alaska) occasionnait cinq morts, dont le richissime entrepreneur tchèque Petr Kellner, et un seul survivant, le snowboardeur David Horwath. Aujourd’hui, l’enquête permet de déterminer que deux autres personnes auraient initialement survécu à l’accident mais que, souffrant de graves blessures, elles n’auraient pas supporté l’attente des secours dans le froid et dans la neige. Dans un article publié dans Anchorage Daily News (ADN) le dimanche 3 avril 2022, la journaliste Zaz Hollander fait le point d’une enquête pointant les disfonctionnements dans l’organisation des secours…

L’ARTICLE DE L’ALASKA DAILY NEWS (AND)

« Selon deux documents rendus publics par la Cour fédérale d’Anchorage (Alaska), outre l’unique survivant, deux autres personnes ont initialement survécu à l’accident d’héliski, très médiatisé, survenu en mars 2021 au-dessus du glacier Knik, mais sont décédées du fait d’un sauvetage retardé par des pannes de communication et un manque de suivi de vol.

Exploité par la société Soloy Helicopters de Wasilla et embarquant deux guides et trois clients du Tordrillo Mountain Lodge, l’Airbus AS350B3 s’est écrasé dans les montagnes Chugach, à 21 milles au sud-est de Palmer. Ce fut l’un des accidents d’aviation les plus mortels en héliski de l’histoire de l’Amérique du Nord.

Petr Kellner, 56 ans, l’homme le plus riche de la République tchèque, et le guide d’héliski de renommée internationale Gregory Harms, 52 ans, figuraient parmi les victimes.

Les nouveaux documents publiés par la Cour indiquent toutefois que Kellner et une autre personne, que l’on pense être Harms, sont restés en vie dans l’épave après la chute chaotique de l’hélicoptère à flanc de montagne.

Kellner a survécu après le crash, mais il « est mort en attendant ses sauveteurs », selon des documents déposés devant la Cour fédérale du District d’Anchorage impliquant un règlement entre le survivant et la compagnie Soloy.

On pense également qu’Harms a survécu au début, mais qu’il « souffrait de blessures graves et létales », selon une plainte au civil distincte déposée devant ce tribunal la semaine dernière.

Ont également péri dans le crash Zachary Russell, 33 ans, pilote de Soloy à Anchorage, Sean McManamy, 38 ans, guide de Girdwood, et Benjamin Larochaix, 50 ans, un snowboarder français.

Au moment où les sauveteurs sont arrivés, ils n’ont trouvé qu’un seul survivant : le snowboardeur tchèque de 48 ans David Horvath.

Les documents de la Cour fédérale ne disent pas combien de temps Kellner et Harms ont survécu, ce qui a causé leur mort, ni ne fournissent de preuves établissant qu’ils auraient pu survivre si les services avaient été informés plus rapidement du crash et si les secours avaient été déclenché plus tôt.

Pour des raisons encore indéterminées, personne n’a immédiatement compris que l’hélicoptère de secours était en panne. Une radiobalise de repérage d’urgence ne s’est pas déclenchée au moment de l’impact. Si quelqu’un a bien suivi le déplacement en temps réel, personne n’a donné l’alarme.

Le Centre de coordination des opérations de sauvetage, responsable de l’envoi de parachutistes d’élite de la Garde nationale de l’Alaska pour des missions en montagne, n’a été avisé du retard d’un hélicoptère que deux heures et demie après le crash.

‘EN ATTENTE D’ÊTRE SECOURUS’

Le Bureau national de la sécurité des transports examine de près la cause du crash et la raison pour laquelle personne n’a immédiatement signalé un problème lorsque le signal de l’hélicoptère de Soloy s’est soudainement interrompu en altitude dans le Chugach. Un important rapport d’enquête n’est attendu que plus tard cette année.

Les enquêteurs ont découvert que l’hélicoptère volait à basse altitude au-dessus d’une crête surplombant le glacier, le pilote cherchant probablement un endroit où se poser, lorsqu’il s’est écrasé et a dégringolé d’environ 900 pieds [soit 275 mètres], laissant une traînée de débris. La neige a ensuite envahi l’épave.

Horvath, toujours sanglé dans son siège, a été retrouvé recouvert de neige des cuisses jusqu’aux pieds par les parachutistes de la Garde nationale de l’Alaska, qui sont arrivés à l’épave située à 5 500 pieds [1 660 mètres] d’altitude, selon un compte rendu du chef d’équipe.

Ils l’ont extrait vers 0 h 30, soit six heures après l’accident. Il faisait 14 degrés.

Dans un dossier, l’avocate de Horvath, Tracey Knutson, basée à Homer, brosse un tableau sombre de son épreuve, « piégée dans une carcasse d’ hélicoptère remplie de neige, de carburant d’aviation et du sang de divers hommes »

Horvath a passé plus d’une semaine au Providence Alaska Medical Center, dont quatre jours dans un état grave, avant de pouvoir rentrer chez lui.

Il a subi des fractures des côtes et des dislocations des deux genoux, nécessitant des chirurgies reconstructives du genou, selon les dossiers de Knutson. La nécrose des mains, imputable à la longue attente dans l’air glacial des hautes montagnes, a provoqué l’amputation de quelques doigts sur sa main droite.

Il a perdu tous les doigts de sa main gauche, dit son avocate.

« Mis à part le traumatisme causé par la mort instantanée de deux membres de son groupe et du pilote, a écrit M. Knutson dans un document, M. Horvath a subi la mort des deux autres membres de son groupe qui attendaient d’être secourus. »

CHRONOLOGIE DES FAITS

Le signal de poursuite de l’hélicoptère s’est arrêté vers 18 h 35 le 27 mars 2021, selon les enquêteurs fédéraux, mais une balise de détresse ? qui fournit normalement la première alerte, de ne s’est pas déclenchée.

Soloy n’a initié les protocoles de signalement d’un aéronef en retard qu’au moment où il était clair que l’hélicoptère n’avait pas rejoint sa base de Wasilla à 20 heures, ont déclaré les enquêteurs fédéraux.

Il était 21 h 10 – soit deux heures et trente-cinq minutes après le crash — lorsque le Centre de coordination des opérations de sauvetage a reçu pour la première fois un rapport faisant état d’un hélicoptère porté disparu avec six personnes à bord, selon une porte-parole du Commandement de l’Alaska. Le centre envoie généralement les sauveteurs de la Garde Nationale une fois que les lieux de l’accident ont été reconnus.

Une autre compagnie d’hélicoptères s’est détournée pour rechercher l’aéronef de Soloy et a repéré l’épave vers 21 h 40. Le CCS a commencé la mission de sauvetage officielle à 21 h 45, selon un rapport d’incident. L’Alaska State Troopers a été informé de l’accident à 21 H 50, a déclaré un porte-parole.

Selon le rapport, les parasecouristes de garde n’ont retrouvé qu’un seul survivant, Horvath, quand ils ont repéré l’épave vers 23 h 45,. Les autres victimes étaient à l’intérieur. Un seul homme a été trouvé à l’extérieur de l’hélicoptère, à environ 30 pieds [10 mètres] de distance, face vers le haut et regardant le ciel.

PLUSIEURS HEURES DE RETARD

En général, les compagnies d’hélicoptères effectuant des vols d’héliski sans plan de vol doivent utiliser des appareils électroniques pour suivre les aéronefs transportant des passagers, rester en contact et déposer des plans d’intervention d’urgence.

Les entreprises encadrant les clients lors de sorties héliski suivent habituellement les directives de l’industrie pour superviser les vols et rester en contact avec les guides à intervalles rapprochés par radio ou par satellite.

Une plainte pour homicide involontaire déposée au nom de la conjointe d’Harms et de leur jeune enfant déposée la semaine dernière, affirme que le pilote de Soloy, Russell, était inexpérimenté et a commis des erreurs qui ont causé l’accident.

Mais la plainte allègue également que Soloy n’a pas conservé le tracking de son hélicoptère, n’est pas resté en contact avec Russell, ni n’a lancé des procédures d’urgence une fois qu’il est devenu trop tard pour un enregistrement.

« À ce jour, les éléments de preuve révèlent que le défunt Gregory Harms a survécu au crash, mais qu’il est décédé en raison d’un défaut de suivi du vol et d’une défaillance des communications requises avec l’hélicoptère en question, ainsi que de plusieurs heures de retard pour lancer les alertes, les communications et les plans », dit la plainte.

Un porte-parole de Soloy a déclaré que la société ne commentait pas les litiges en cours.

Le procureur d’Anchorage, Scott Broadwell, qui est avocat local, a refusé de commenter la poursuite cette semaine.

Harms était un aventurier plus vrai que nature basé à Aspen dont les amis disent qu’il vivait une existence de skieur nomade en suivant la meilleure neige : Colorado au début de l’hiver, Alaska au printemps, les Andes en été. Il a survécu à un accident d’hélicoptère au Chili dans les années 1990 qui a tué deux autres personnes. Il était devenu père juste avant sa mort.

Entrepreneur en plein air possédant la société Third Edge Heli, Harms travaillait pour le Tordrillo Mountain Lodge comme guide le jour de l’accident.

La plainte stipule que les plaignants « ne peuvent faire valoir leurs droits » contre le lodge. Au lieu de cela, dit-il, ils poursuivent tous les arguments en vertu de l’Alaska Workers’ Compensation Act, mais qu’ils peuvent modifier leur plainte à l’avenir.

UN HÉRITAGE « REFLÉTÉ DANS LA CHARITÉ »

Kellner, avec Larochaix, se rendait fréquemment au Tordrillo Mountain Lodge, ont déclaré les représentants l’année dernière.

La mort de l’entrepreneur privé, qui manifestait un penchant pour les aventures faisant monter l’adrénaline, a fait la une de la presse internationales. Kellner, « l’homme le plus riche de la République tchéque et un oligarque éminent », comme l’a décrit BalkanInsight, possédait plus de 15 milliards de dollars et aurait contrôlé l’une des plus grandes sociétés de son pays, le PPF Group, basée aux Pays-Bas.

Le milliardaire tchèque a fondé PPF Group, la plus grande société d’investissement d’Europe centrale.

Un porte-parole du PPF contacté pour cette histoire a déclaré qu’il ne pouvait pas commenter les documents déposés devant le tribunal en raison de l’enquête en cours du National Transportation Safety Board (NTSB).

L’héritage de Kellner comprend la création de PPF, qui a continué à croître depuis sa mort, a déclaré son porte-parole Leoš Rousek.

« L’héritage du fondateur du PPF se reflète également dans le domaine de la charité, ce qui englobe le soutien actuel aux familles de réfugiés fuyant la guerre en Ukraine », a déclaré Rousek.

Père de trois enfants, Horvath a travaillé comme photographe auprès de Kellner, a écrit son avocat. Maintenant, il est au chômage.

Soloy Helicopters et ses assureurs poursuivent un règlement financier avec Horvath, dont les détails sont confidentiels, la déclaré la société dans un communiqué.

« L’équipe de Soloy continue de penser aux familles de toutes les victimes, y compris notre propre collègue qui est décédé dans l’accident, ainsi qu’avec le survivant pour son rétablissement et le soin de ses blessures », a déclaré le communiqué.

LE LODGE OBTIENT UN ARRANGEMENT PARTICULIER

À la mi-mars, le Tordrillo Mountain Lodge a demandé à un juge fédéral de geler 175000 $ de l’arrangement pour le garder aux États-Unis afin de couvrir les frais juridiques futurs si Horvath intentait une poursuite pour le sauvetage différé.

Le 18 mars, le juge principal du district d’Anchorage, John Sedwick, a ordonné que l’argent soit mis de côté.

« Les juges ne le font pas à la légère », a déclaré Tim Lamb, l’avocat représentant le propriétaire de la Lodge Triumvirate LLC, qui comprend le skieur olympique médaillé d’or Tommy Moe, le pionnier de l’héliski en Alaska Mike Overcast et Michael Rheam.

L’Alaska est un État « qui perd paie », où les gens qui intentent des poursuites civiles et perdent leur procès paient une partie des honoraires de l’avocat gagnant.

Dans le cas des dépôts, Lamb dit que l’avocat de Horvath a menacé de déposer une plainte.

Dans une interview, Knutson a déclaré qu’Horvath n’a pris aucune mesure contre le lodge ni n’a décidé de déposer une plainte.

« C’est pourquoi il serait incompréhensible qu’ils intentent une action en justice contre lui », a dit Knutson.

Le contrat du lodge avec Soloy ce jour-là lui transfère la responsabilité du « suivi des vols », écrit Knutson dans un document s’opposant à la réserve des fonds. Elle soutient que le lodge n’a pas suivi la trajectoire de vol de l’hélicoptère, n’a pas gardé le contact avec les personnes à bord de l’hélicoptère et n’a pas mis en œuvre un plan d’intervention d’urgence « lorsque l’appareil s’est fait attendre pendant très longtemps ».

Horvath a signé une renonciation à poursuivre le lodge indemne a déclaré Lamb dans sa déposition. C’est pourquoi il s’attend à avoir gain de cause devant les tribunaux si une poursuite était intentée.

Knutson soutient que les dérogations ne couvrent pas nécessairement certains risques, comme le sauvetage retardé de l’aéronef accidenté.

Dans une interview, Lamb a déclaré que les allégations contre le lodge n’étaient pas fondées.

« Nous n’avons rien fait de mal », a-t-il dit. « C’est un malheureux accident d’hélicoptère. »

ÉPILOGUE

En quoi cet accident d’hélicoptère, fort fort lointain, peut-il intéresser les pilotes de montagne français et Européens ? Bien entendu, la dépose de skieurs en altitude est interdite sous nos latitudes, mais il n’en reste pas moins vrai que les erreurs signalées dans l’article de l’ADN peuvent être évitées, partout, par plus de systématisme et de vigilance.

Il est certes difficile d’affirmer que tous les survivants auraient pu être sauvés par une entraide mutuelle. Leurs blessures les en auront certainement empêchés. En revanche, dans ce type d’accident, les délais d’intervention des équipes de secours sont souvent un facteur déterminant pour sauver des vies…

Enfin, cet accident touche le grand public essentiellement du fait de la personnalité de Petr Kellner et de sa renommée mondiale. Rappelons qu’en France, il possédait l’ancien hôtel de l’Altiport de Méribel, haut-lieu de l’aviation de montagne s’il en est…

Un article de Zaz Hollander, librement traduit de l’anglais par Bernard Amrhein.

Journaliste de longue date de l’Alaska Daily News (ADN), Zaz Hollander est basé dans le Mat-Su (Matanuska-Susitna Valley) et se concentre actuellement sur la couverture du coronavirus en Alaska. Elle couvre également la région de Mat-Su, l’aviation et les informations générales. Communiquez avec elle à zhollander@adn.com


SOURCE

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