ÉDITORIAL 22 – CRASH DU VOL FUERZA AEREA URUGUAYA 571 : NETFLIX FAIT LE TOUR DE LA QUESTION


Le mercredi 4 janvier 2024, la plateforme NETFLIX mettait en ligne un film du réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona (un nom facile à se rappeler). Intitulée ‘Le Cercle des Neiges’ (en espagnol, ‘La sociedad de la nieve’) cette œuvre cinématographique retrace les 71 jours de calvaire endurés par les rescapés du crash du vol Fuerza Aerea Uruguaya 571 entre le vendredi 13 octobre et les dimanche 22 et lundi 23 décembre 1972. Un film que je vous recommande chaudement de regarder dans sa version originale, en espagnol…

ENCHAÎNEMENT DES ÉVÉNEMENTS

Plutôt que de revenir sur le crash en décrivant par le menu l’enchaînement des événements subis par les survivants de cet accident en montagne, je vous recommande la lecture de mon article du 13 octobre 2022  sur https://pilote-de-montagne.com/13-octobre-23-decembre-1972-le-miracle-de-la-cordillere-des-andes/ avant de visionner le film, afin de pouvoir déterminer les quelques rares épisodes dérivant (très légèrement) de l’histoire vraie.

Pour celles et ceux ne souhaitant pas être ‘spoilés’, merci de ne pas poursuivre cette lecture…

UN VÉRITABLE CHOC

Ce qui m’a véritablement impressionné d’emblée, c’est la jeunesse des rugbymen du club des ‘Old Christians’, ce que les photos d’époque des membres de l’équipe ne laissaient pas forcément transparaître par rapport à nos jeunes du même âge. Du coup, dans le film, on s’apprête à vivre un drame absolu en compagnie d’amis prompts à faire des blagues de potaches et à boire des coups entre copains. Les rares moments de détente pendant l’interminable attente nous les rendent d’autant plus vivants que la situation est proprement tragique désespérée et ne cesse d’empirer.

Très honnêtement, pour avoir effectué de longues recherches sur le sujet, j’appréhendais véritablement de regarder des images que j’imaginais – à juste titre – insoutenables. Au final, je ne regrette en rien de m’être confronté à cette épreuve, le film décrivant parfaitement les souffrances endurées, au quotidien, par les survivants du crash, dont on suit, pas à pas, la transformation physique. Au bout de deux heures et dix minutes d’épreuves, ces jeunes sont à proprement parler méconnaissables, la plupart des garçons prenant une allure de Christ descendu de sa Croix…

Et puis, il y a le crash proprement dit, interminable et parfaitement reconstitué, un épisode à couper le souffle… contrastant avec la somptuosité des paysages et des panoramas enneigés proposés pendant les interminables attentes d’hypothétiques secours à se chauffer au soleil, comme pour mieux souligner le côté tragique de la situation. De même, les scènes de panique après le crash et après les avalanches envahissant la carlingue resteront comme des moments d’anthologie, tout comme la scène d’hystérie collective après l’annonce, à la radio, de l’abandon officielle des recherches par les autorités chiliennes.

DES ’OUBLIS’

Cependant, comme pour faire oublier le côté documentaire de son œuvre, le réalisateur prend quelques infimes libertés, qu’on lui pardonnera volontiers.

Ainsi, le vol 571 décolle bien de Montevideo (Uruguay) le jeudi 12 octobre pour se retrouver, directement, dans les Andes, et rapidement dans la tourmente, le lendemain, jour du crash, en occultant qu’il avait fallu faire escale à Mendoza (Argentine) en attendant des conditions météorologiques plus clémentes. Pour accélérer les choses, on passe directement du décollage sous les yeux de famille rayonnantes au survol des montagnes enneigées, puis à la traversée des turbulences…

Enfin, si l’l’arrivée des deux hélicoptères de secours retentit bien comme la libération tant attendue, et afin de bien souligner le soulagement des survivants, ces derniers sont sauvés en une seule rotation et très rapidement, comme si des commandos récupéraient des rescapés en zone de guerre. Ici, l’ennemi, c’est la montagne, la neige, et la carlingue,  longuement filmée dans sa solitude immaculée baignée de soleil, puis balayée par les vents, la neige, et, enfin la tempête.

PUDEURS

Bien entendu, le film traite aussi d’un sujet crucial, en l’occurrence l’anthropophagie.  Or, comme nous l’avons vu, le débat interne, entre rescapés, est abordé de manière lapidaire, comme pour souligner qu’il n’y avait aucune alternative. Ce qui peut paraître naturel ou normal de nos jours (grâce à cette tragique histoire, d’ailleurs), mais était totalement inenvisageable au début des années 1970, surtout dans une région très catholique de l’Amérique du Sud. Par rapport à la polémique qui a suivi le drame, en 1973, Juan Antonio Bayona a pris parti : ces moments d’une tristesse infinie sont tournées à la manière d’une ‘Sainte Cène’ digne d’un Léonard de Vinci, ce qui pourrait expliquer les quelques critiques négatives parues jusque-là…

Ainsi, dans la deuxième partie du film, on voit les survivants mâcher des morceaux de viande, puis sucer des bouts d’os, chaque bouchée étant filmée comme une silencieuse et douloureuse eucharistie… D’autre part, une fois sauvé et rassasié des victuailles prodiguées par l’arriero (paysan) Sergio Catalán, leur sauveur, on voit Roberto Canessa sortir de sous son pullover un petit paquet entouré de tissus, l’enterrer à genoux au bord de la rivière et, enfin, faire un signe de croix avant de lever les yeux au ciel…

Le film se termine dans un hôpital de Santiago du Chili, où les survivants sont décrassés, inspectés sous toutes les coutures et, enfin soignés. Cependant, ce qui impressionne dans les scènes finales, c’est la douleur des retrouvailles avec les proches, la prostration des individus sur leur lit, puis du groupe des survivants dans la chambre, comme pour laisser entendre que tous ces jeunes hommes (malheureusement, aucune jeune femme n’a survécu…) ont en commun un lourd secret, qu’il faudra bien, un jour, confesser avant de le partager au grand public, au risque de se faire sévèrement juger par l’Église… et par tout un chacun apprenant l’indicible.

DÉTAILS

Le tire de l’œuvre tout d’abord. On pourrait se demander à quoi il fait allusion, sinon au ‘Cercle des poètes disparus’, comme pour souligner qu’à l’inverse du film ‘Les survivants’ (Alive’), réalisé par Franck Marshall d’après le ‘best seller’ de Paul Read sorti sur les écrans en 1993, il ne s’agit pas de mettre en avant des héros se distinguant d’un groupe, mais une bande d’amis, travaillant en équipe et se soutenant mutuellement jusque dans la mort en offrant leur corps aux derniers vivants.

‘L’affiche’ du film ensuite. Celle-ci est légèrement surexposée sur le bord droit, dans le but de rappeler les photos prises par ‘Tintin’, montrant le quotidien des rescapés depuis leur envol de Montevideo.

C’est d’ailleurs cet éclairage que l’on retrouve dans de nombreuses scènes du film baignées dans le soleil…

ÉPILOGUE

Au final, je ne puis que regretter d’avoir rédigé mon article avant d’avoir visionné l’œuvre de Juan Antonio Bayona. En effet, on ne peut qu’être bouleversé par après toutes ces images, témoignant si bien de toutes les douleurs endurées par ces corps meurtris de blessures, ou offerts en sacrifice à la survie d’amis et de proches.

Rétrospectivement, je trouve mon article froid comme un rapport de police, exposant de manière assez impersonnellement l’enchaînement des faits sans empathie pour les victimes et pour ceux qui ont traversé des épreuves incroyables, marqués à jamais par le tabou qu’ils ont dû transgresser pour survivre.

On pouvait s’attendre à tout d’une œuvre diffusée sur NETFLIX, tant de fictions se révélant fades et mièvres. C’est l’exploit de Juan Antonio Bayona d’avoir relevé le défi et d’avoir donné à cette plateforme en ‘streaming’ ses lettres de noblesse. ‘Le Cercle des Neiges’, un film à voir absolument, malgré les critiques de ceux qui n’aiment ni les avions, ni la montagne, ni les aventures extrêmes…

Bernard Amrhein

SOURCES

  • ‘Le cercle des neiges’

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cercle_des_neiges

  • ‘Le cercle des neiges»’ : la véritable histoire des disparus des Andes

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/andes-netflix-survivants-cercle-neiges-anthropophagie-avion-crash-rugbymen

CRITIQUES SUR YOUTUBE

Comme il faut s’y attendre, les premières critique du film reflètent des tendances très diverses. Comme d’habitude en terme de critiques de cinéma, le meilleur côtoie le pire, je vous laisse juge :

VIDÉO HISTORIQUE

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