20 mars 1919 – Le capitaine italien Natale Palli s’écrase au mont Pourri et meurt de congestion pulmonaire à 100 m du village de La Gurraz (Haute-Tarentaise)


Le mercredi 30 juillet 1919, l’Italien Antonio Locatelli effectuait un vol retour depuis Santiago du Chili en retraversant les Andes vers Buenos Aires. Aujourd’hui, Pilote de montagne s’intéresse à l’un de ses frères d’armes, le capitaine Natale Palli, un autre membre du célèbre 87e Escadron ‘Serenissima’, l’unité qui avait bombardé Vienne, la capitale austro-hongroise… avec des tracts, en septembre 1918. Malheureusement, cet officier ne survivra a pas très longtemps aux affres de la Première Guerre mondiale et n’aura guère l’occasion d’établir des records ou d’accomplir des exploits…

JEUNESSE

Descendant de la famille tessinoise Palli, du village de Pura, à la frontière avec l’Italie, sur le lac de Lugano, Natale Palli naît à Casale Monferrato le mercredi 24 juillet 1895.

Il effectue ses études primaires et secondaires dans les écoles de sa ville natale, puis suit un cours d’ingénieur à l’École polytechnique de Milan.

UNE CARRIÈRE MILITAIRE BIEN REMPLIE

Des débuts de fantassin

En 1914, il s’engage, très jeune dans la Regio Esercito, en se portant volontaire pour servir dans un régiment d’infanterie stationné dans la ville lombarde. C’est donc avec un engagement renouvelable annuellement que Natale entre en guerre, au grade de sergent, le lundi 24 mai 1915.

« L’appel de l’air »

En juillet 1915, il est promu au grade de sous-lieutenant mais, fasciné par l’aviation, demande et obtient d’être affecté au Corps d’aviation militaire. Il est breveté pilote militaire le vendredi 15 octobre 1915 sur l’aérodrome de Cameri (Novara).

Nombreuses affectations

Le mercredi 27 octobre de la même année, envoyé dans la zone d’opérations, il est affecté au 2e Escadron d’aviation pour l’artillerie basé à Pordenone puis, en mars 1916, est transféré au 5e Escadron d’artillerie opérant dans le secteur de Plave, à Tolmin, où il effectue également des missions de reconnaissance au-dessus de Trieste. En septembre suivant, il est transféré au 48e Escadron basé à Belluno et, en novembre, est décoré de la Médaille de bronze de la valeur militaire par le général Mario Nicolis di Robilant, commandant de la 4ª Armata (4e armée).

Le mardi 24 avril 1917, il est décoré d’une première médaille d’argent de la valeur militaire pour une mission de reconnaissance risquée au-dessus du Tyrol. En août de la même année, il est envoyé à l’aérodrome de Malpensa, où il reçoit sa qualification pour piloter le nouvel avion Ansaldo SVA. Il est ensuite affecté fin octobre à la 1e Section SVA, agrégée au 75e Escadron de chasseurs destiné à la défense de Vérone. En novembre suivant, il rejoint le 75e Escadron de chasseurs stationné à Castenedolo. En décembre, il est transféré au 72e Escadron de chasseurs et, en janvier 1918, au 71e Escadron de chasseurs à Sovizzo. Promu capitaine (capitano) le dimanche 3 février 1918, il est décoré, trois jours plus tard, de la Croix de guerre par le roi Albert Ie de Belgique. Pour une reconnaissance au-dessus d’Innsbruck, effectuée le jeudi 20 février, il est décoré d’une deuxième médaille d’argent et, vers la fin du mois suivant, est envoyé au 103e Escadron stationné à l’aérodrome de San Vito dei Normanni, dans la province de Brindisi, pour effectuer des missions au-dessus de la basse Adriatique, ce qui lui vaut une troisième médaille d’argent pour valeur militaire. Il rejoint le 87e Escadron ‘Serenissima’ stationné à l’aéroport de San Pelagio, et participe au vol au-dessus de Vienne avec le commandant Gabriele d’Annunzio, ce qui lui vaut d’être décoré de la Croix de Chevalier de l’Ordre militaire de Savoie.

Transféré quelque temps sur le front français avec d’Annunzio, il effectue également une reconnaissance audacieuse au-dessus de Lienz.

UNE FIN TRAGIQUE

Contrairement à la plupart des pilotes militaires de cette époque, le capitaine Palli sort indemne des combats et peut se consacrer à une nouvelle vie, faite d’exploits sportifs et de records.

Le jeudi 20 mars 1919, il est envoyé par Gabriele d’Annunzio (certainement lors des prémices de l’incident international de Fiume, à confirmer), pour porter un message urgent à Georges Clemenceau, président du conseil (d’autres sources parlent d’un raid Padoue-Paris-Rome…).

Pris dans une tempête de neige, il se crashe sur les pentes du Mont Pourri (3 773 m), près de Sainte-Foy-Tarentaise. Il décide de tenter la descente vers les lumières qu’il aperçoit dans la vallée (le village de La Gurraz) mais, après plusieurs heures de marche il déroche et meurt de congestion pulmonaire dans la nuit. Il sera retrouvé par des bûcherons, le lendemain, dans la forêt a à peine 100 mètres des habitations.

CÉLÈBRÉ EN HÉROS

Son corps est transporté à Casale Monferrato où, le jeudi 27 mars 1919, il reçoit les honneurs funèbres solennels en présence d’une foule immense, de Gabriele D’Annunzio et des pilotes de la « Serenissima », à la seule exception d’Antonio Locatelli qui se trouve en Argentine :

« Peuple de Casale, son cercueil pour nous aujourd’hui n’est pas au milieu de la ville douloureuse, mais au centre de l’ancienne citadelle fidèle. Autour de lui se trouve aujourd’hui la citadelle des Gonzague avec ses beaux bastions, ses courtines et ses fosses et dans les fosses le sang de tous ses ascètes, le sang de la France, de l’Espagne, de la Lamagna, le sang de la Savoie et du Montferrat […] Ce garçon blanc, avec ses cheveux ondulés et ses yeux saphir, était le type latin idéal du combattant, il était l’exemple parfait de la nouvelle jeunesse italienne en armes. Irrépréhensible est l’épithète qui revient toujours sous la plume et dans la bouche de ses dirigeants. Rome l’a donné à ses héros rayonnants. Il était sans défaut, il était sans tache, sans ombre. Tout était comme la pierre précieuse de son regard, tout était taillé dans ce cristal perspicace. On pense qu’il est le premier né d’une génération d’hommes aériens, d’un peuple qui a quitté la terre pour l’amour insatiable de l’aile et vit avec courage dans les courants de l’air intrépide. Il était un Icare et ne pouvait pas tomber ; il était un Icare sans précipice. Dans son nom Icare n’est pas l’abîme de la mer, mais le sommet de l’éther. S’est-il endormi dans la neige et sur les nuages les plus blancs ? Qui l’a vu si endormi ? Qui a osé remuer son sommeil ? C’était la nuit de l’équinoxe. Il dormait avec l’oreiller de son casque posé sur son bras plié. Son attitude était aussi pure que l’épanouissement de la fleur et que ces crânes que les bâtisseurs de l’éternité ont gravés dans les parois souterraines de leurs sépulcres. Qui peut enfermer entre quatre planches la fraîcheur du printemps ? Qui peut enterrer la force du printemps qui se lève ? Maintenant je dis qu’il n’est pas ici, qu’il n’est pas parmi les remparts et les rideaux de sa citadelle, comme il l’a rêvé. […] Saluons la jeunesse de l’Italie perpétuelle sur nos pieds. O camarade, O capitaine, O héros, réveille-toi et lève-toi ! Nous vous donnons votre cri, notre cri de guerre : Allalà ! »

Oraison funèbre prononcée par Gabriele d’Annunzio le jeudi 27 mars 1919.

D’abord décoré d’une quatrième médaille d’argent de la valeur militaire, le roi Vittorio Emanuele III la transforme, « motu proprio », en 1925, en médaille d’or de la valeur militaire en souvenir de ses exploits.

Le mardi 12 septembre 1922 a lieu l’inauguration, sur la rive droite de l’Isère d’un monument à sa mémoire, aux coordonnées 45° 33′ 09,53″ N, 6° 54′ 05,71″ E, entre les hameaux de La Raie et de La Gurraz (commune de Villaroger), sur la route RD 902 de Bourg-Saint-Maurice à Tignes/Val d’Isère, d’une stèle portant une inscription commémorative.

Malheureusement, cette stèle est cachée derrière un muret de sécurité en béton et personne ne peut la voir. On décide donc d’aménager l’aire de stationnement en déplaçant ladite stèle, mais aussi en réalisant un panneau fournissant toutes les informations relatives à l’accident aérien de Natale Palli et sur les circonstances de sa mort :

Le lundi 17 avril 2017, les autorités françaises et italiennes inaugurent, ensemble, ledit panneau explicatif :

DÉCORATIONS

Décorations italiennes

Dans l’ordre chronologique inverse :

  • Cavaliere – Chevalier de l’Ordre militaire de Savoie, avec la mention suivante :

« Superbe pilote de combat, au cœur ferme et à la foi inébranlable, il a dirigé le magnifique vol des ailes de l’Italie au-dessus de Vienne. Ciel de Vienne, vendredi 9 août 1918. » – Arrêté royal du mardi 10 septembre 1918.

  • Valor militare échelon or – Médaille d’or de la valeur militaire, avec la mention suivante :

« Pilote d’avion intrépide, audacieux et sûr de lui, il a piloté ses appareils par-delà les mers et les montagnes, en territoire ennemi, bravant tous les dangers et surmontant tous les obstacles. Dans les entreprises les plus risquées, fort de sa foi, fort de son courage, il était un magnifique exemple de vaillance, de bravoure et de compétence. Il a accompli toutes les missions de guerre, même les plus audacieuses et les plus difficiles, malgré les conditions météorologiques défavorables et les attaques ennemies. Il a fourni des informations précieuses, toujours complètes et des éléments fiables pour les décisions de nos commandements. » Ciel de la Dalmatie et de l’Istrie, du Tyrol et de la Carniole, septembre – octobre 1918.

  • Valor militare échelon argent – Médaille d’argent de la valeur militaire, avec la mention suivante :

« Pilote audacieux, il effectue un audacieux vol de reconnaissance stratégique pendant plus de trois heures, couvrant 120 km de territoire ennemi, du mont Marmolada au mont Adamello. Malgré une grave panne de moteur, il manœuvre avec beaucoup d’habileté et atterrit sur un aérodrome près de Brescia. Il a effectué plusieurs vols au-dessus du Val Pusteria, allant jusqu’à Bruneck à deux reprises. Il a effectué de nombreuses reconnaissances tactiques dans le ciel des Dolomites, dans des conditions météorologiques défavorables, et les a terminées plusieurs fois, malgré le mauvais fonctionnement des moteurs. Il a été frappé plusieurs fois. Il a toujours aidé les officiers d’observation avec la plus grande efficacité, rapportant personnellement des informations et des résultats très utiles. » Ciel du Tyrol, mardi 24 avril 1917.

  • Valor militare échelon argent – Médaille d’argent de la valeur militaire, avec la citation suivante :

« Pilote d’avion, il dirige un raid de bombardement à basse altitude sur les installations ferroviaires d’Innsbruck, surmontant des difficultés considérables dues à la distance de la cible et au terrain montagneux à parcourir. » Ciel d’Innsbruck, mercredi 20 février 1918.

  • Valor militare échelon argent – Médaille d’argent de la valeur militaire avec la citation suivante :

« Il a effectué quatre missions de reconnaissance de longue durée à travers l’Adriatique avec un avion terrestre monoplace, produisant des documents photographiques du plus grand intérêt pour la guerre, surmontant des conditions météorologiques défavorables, défiant avec audace les tirs anti-aériens intenses des bases ennemies les mieux équipées et démontrant qu’il possédait toutes les qualités d’un aviateur de reconnaissance. » Haute Adriatique, juillet-août 1918. Arrêté royal, mardi 6 octobre 1925.

  • Valor militare échelon argent – Médaille d’argent de la valeur militaire, avec la citation suivante :

« Magnifique pilote de reconnaissance, il s’est toujours surpassé en compétences et en prouesses dans chaque entreprise risquée, avec une foi sûre et inspirante. Il conduisit victorieusement ses appareils sur les mers et sur les montagnes, de sorte qu’il semblait que la fortune lui rendait toujours hommage pour sa vaillance. Son retour a toujours été une aide précieuse pour les décisions du haut commandement. » Ciel de Dalmatie – Istrie – Tyrol – Carniole, septembre – octobre 1918. Arrêté royal, lundi 17 mai 1920.

  • Valor militare échelon bronze – Médaille de bronze de la valeur militaire, avec la citation suivante :

« Pour sa conduite exemplaire, son habileté et son rare calme démontrés lors de nombreux vols en haute montagne. Exemple de persévérance et de courage serein, il a brillamment effectué de longs et difficiles vols de reconnaissance, revenant au pays avec son avion touché à plusieurs reprises, et affrontant aussi victorieusement les avions ennemis. » Ciel des Dolomites, samedi 22 juillet, mardi 31 octobre 1916.

Médaille étrangère

  • Belgique, Croix de Guerre, Première Guerre mondiale – Croix de guerre 1914-1918 (Belgique)

ÉPILOGUE

Combattant au-dessus du Tyrol et des Dolomites en ces premières heures de l’aviation militaire, Natale Palli mérite, sans conteste, qu’on l’honore du titre de grande figure de l’aviation de montagne.

En France, il est assez peu connu et il faut véritablement effectuer des recherches pour mieux cerner le personnage. C’est bien grâce au site Internet https://www.aerosteles.net/ que nous arrivons à retracer le parcours de certains aviateurs d’exception.

Exceptionnel, Natale Palli l’est aussi par sa fin tragique, propre à en faire un exemple de ténacité et de courage pout tout aviateur accidenté en montagne…

Éléments recueillis par Bernard AMRHEIN


SOURCES

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