27 juillet 1947 – Découverte d’un B-17 de l’US Air Force disparu dans les Alpes le 1er novembre 1946


Le 1er novembre 1946, un bombardier B-17 de l’U.S. Air Force effectue une liaison entre Naples (Italie) et Bovingdon (Angleterre). Certainement à cause du mauvais temps sévissant en Méditerranée, l’appareil coupe au plus court, à travers les Alpes, et c’est le drame. Pilote de montagne (PDM) revient sur cet événement…

LE DRAME

Le 1er 1946, la « Forteresse volante », dévolue à des missions de transport depuis la fin de la seconde guerre mondiale, décolle à 0 h 54 de la base de Capodicino, près de Naples. Sa destination : Bovingdon, en Angleterre. À son bord, huit militaires américains âgés de 21 à 48 ans.

Leur plan de vol prévoit un survol de la Corse, d’Istres, de Lyon et de Paris… « La nuit du crash, l’équipage du B-17 s’est dérouté pour voler à l’intérieur des terres, probablement en raison du mauvais temps en Méditerranée », explique René Mugnier, passionné par cette histoire et membre du comité de commémoration.

L’avion ayant disparu au-dessus du massif alpin, sans plus de précision, il s’agit de rechercher une aiguille dans une meule de foin. L’armée américaine effectue des recherches pendant 18 jours, mobilisant 35 avions, principalement basés en Allemagne. Sans résultat.

MACABRE DÉCOUVERTE

Ce n’est qu’à l’été de l’année suivante, le 27 juillet 1947 plus précisément, qu’une Section d’éclaireurs-skieurs (SES) du 99e Régiment d’Infanteries de montagne (RIA) à l’exercice découvre les restes de l’appareil sur l’arête sommitale de l’aiguille des Glaciers (3 816 m), qui marque la frontière entre la France et l’Italie, sur le versant italien.

Quelques jours plus tard, le reporter du Dauphiné Libéré, Albert Alex précise qu’une « étrange tâche verte sur le rocher », qui s’avérera être un éclat de carlingue, intrigue les militaires alpinistes. « Poussant alors jusqu’à celle-ci, ils se trouvèrent tout à coup au milieu d’un tas de débris d’avion. »

Un crâne, une main, un bras, un bout de jambe et deux pieds sont placés dans un cercueil et remis aux autorités américaines, puis inhumé au cimetière militaire national d’Arlington, en Virginie.

DÉCOUVERTES ULTÉRIEURES

Au fil des ans, de nombreuses reliques du bombardier sont retrouvées sur le glacier d’Estelette, côté transalpin. Le glacier des Glaciers, qui couvre la face savoyarde de la montagne, libère, elle aussi des vestiges de cette tragédie.

Le 18 septembre 1979, un guide et cristallier de Bourg-Saint-Maurice (73/Savoie) fait une nouvelle macabre découverte, vers 3 000 mètres d’altitude. Le lendemain, l’hélicoptère de la gendarmerie descend 30 kilos de restes humains dans la vallée, dont deux colonnes vertébrales…

En juillet 2009, un randonneur trouve un fragment d’os parmi les débris du B-17 rejetés par la langue glaciaire. Faute de budget, l’ossement humain ne fait pas l’objet d’une analyse scientifique poussée. Un doute subsistant sur son origine, il est enterré au cimetière de Bourg-Saint-Maurice le 7 décembre 2010. Ce jour-là, la fille du major Lawrence Lofton Cobb, copilote du B-17, assiste à la cérémonie. Née huit jours après le crash, Anne Lofton Cobb préside le comité de commémoration du drame.

En juillet 2015, Gianni Boschis, un géologue italien membre du Comité pour la commémoration de l’équipage du B-17 de l’Aiguille des Glaciers et responsable des recherches sur le versant italien, découvre l’un des quatre moteurs de l’appareil.

COMMÉMORATIONS

Les 3 et 4 septembre 2011, deux cérémonies sont organisées.

Le 3 septembre 2011, une plaque est apposée sur un rocher, à Courmayeur, côté valdôtain, à quelques mètres à l’arrière du refuge Elisabetta Soldini.

Puis une plaque est apposée, le lendemain, sur un rocher, côté savoyard au chalet-refuge des Mottets.

Très belles, ces deux plaques souffrent malheureusement d’un défaut rédhibitoire aux yeux des puristes. En effet, on veut commémorer la mémoire de membres de l’U.S. Air Force en omettant d’inscrire les grades des victimes devant leur nom. Un public non averti peut parfaitement comprendre le souci d’équité devant une mort aussi surprenant qu’hors normes, mais on peut regretter l’absence de cette information à caractère historique.

C’est pourquoi, tout comme le site internet https://www.aerosteles.net/, à qui nous rendons hommage pour son magnifique travail, nous rappelons la mémoire des Colonel Hudson Huton Upham et Ford Larimore Fair, du Major Lawrence L. Cobb, du Lieutenant Alfredo D. Ramirez, et des Sergents John E. Gilbert, William A. Hilton, Zoltan J. Dobovich et William S. Cassel ;

ÉPILOGUE

Bien qu’elle puisse être rangée dans la catégorie des faits divers, cette histoire est intéressante à plus d’un titre.

Tout d’abord, il s’agit d’un accident en montagne, le B-17 accrochant la crête sommitale d’une montagne alpine alors qu’il aurait parfaitement pu la frôler à quelques mètres prêts. La similitude avec les deux catastrophes d’Air India au mont Blanc, celle du Malabar Princess’ le vendredi 3 novembre 1950 et du ‘Kandchenjunga’ le lundi 24 janvier 1966 est frappante.

Ensuite, si les recherches mobilisent 35 appareils, il ne faut pas oublier qu’in autre appareil de l’U.S. Air Force, un DC-53 ‘Skytrooper’ disparaît lui aussi dans les Alpes le mercredi 19 novembre 1946. Cependant, ce dernier appareil transporte de hautes autorités militaires américaines et sa recherche devient, naturellement prioritaire. D’un côté, on recherche des membres d’équipage dont on reste sans nouvelles, probablement morts, d’autre part, on recherche des survivants incapables de localiser leur position après un crash sur un glacier qu’ils situent en France (alors qu’ils sont sur le glacier du Gauli, au centre de la Suisse…).

En outre, il faut également souligner qu’un crash aérien, surtout en montagne, n’est jamais une affaire classée. À tout moment, un randonneur peut retrouver, complètement par hasard, un morceau de carlingue ou une pièce mécanique, voire des restes humains, constituant autant d’indices permettant d’éclairer un sinistre sous un autre angle. Il semble donc important de rappeler la nécessité d’informer les autorités de ces trouvailles fortuites plutôt que de ramener chez soi un trophée dont on ne saura pas forcément pas quoi faire plus tard.

Enfin, il faut également saluer la piété filiale dont font preuve les descendants de ces catastrophes aériennes anciennes et qui, elle, n’oublient pas.

Éléments recueillis par Bernard Amrhein


SOURCES

 

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