5 mai 1960 – Un “Yéti” repéré au Dhaulagiri


Les avions Pilatus ont marqué une étape important de l’évolution de l’aviation de montagne. Aujourd’hui, Pilote de montagne (PDM) s’intéresse au prototype de l’appareil développée à la fin des années 1950, le ‘Yéti, qui s’écrase dans le plus haut massif montagneux de la planète : l’Himalaya…

BRÈVE HISTOIRE DU PILATUS PC-6

La marque Pilatus est bien implantée à Stans (Canton de Nidwald/ Suisse), où elle fait figure de survivant dans le panorama des avionneurs helvétiques. Créée en 1939, la société s’attache à développer un avion d’entraînement, qui sort des chaînes d’assemblage en 1943.

Dans les années 1950, la jeune entreprise crée un bureau d’étude destiné à développer les Pilatus SB2 et P4. Grâce à ces débuts prometteurs, on envisage de réaliser un avion à décollage et atterrissage très courts, adapté aux terrains difficiles et à la montagne. C’est ainsi que naît, en 1959, le PC-6 (P pour Pilatus, C pour commercial, cette désignation PC étant définitivement adoptée pour tous les autres types d’avions de la marque).

Le PC-6 est un appareil utilitaire monoplan ailes hautes haubanées, de construction métallique, équipé d’un moteur à pistons de la marque Lycoming (GSO-480 de 340 CV). La construction du prototype commence en 1958 et, le lundi 4 mai 1959, Rolf Böhm réalise le premier vol du PC-6 Porter (s/n 337) immatriculé HB-FAN. Très satisfaisants, les premiers essais permettent de détecter un manque de puissance moteur, mais la perspective d’une arrivée prochaine des turbopropulseurs sur le marché semble prometteuse. L’appareil est présenté au Salon Aéronautique du Bourget quelques semaines plus tard.

L’EXPÉDITION SUISSE AU DHAULAGIRI

En 1960, une expédition suisse entreprend l’ascension du Dhaulagiri (8 167 m d’altitude), au Népal. Ce sommet inviolable est finalement conquis le vendredi 13 mai 1960 par une cordée composée de Max Eiselin, chef d’expédition, et de ses compagnons Peter Diener, Michel Vaucher, Hugo Weber, Albin Schelbert, Ernst Forrer, Jean-Jacques Roussi, le cinéaste américain Norman Dyhrenfurth, les Polonais Georges Hajdukiewicz et Adam Skoczylas, ainsi qu’un Autrichien, Kurt Diemberger.

Cependant, afin d’éviter de longues marches d’approches et pour éviter de constituer d’interminables colonnes de sherpas pour acheminer matériel et vivres expédition, on a recours à l’avion. C’est ainsi que le prototype du Pilatus PC-6 Porter HB-FAN reçoit une splendide livrée aux couleurs de l’expédition.

Après avoir quitté l’aéroport de Zurich-Kloten le samedi 12 mars 1960 aux mains d’Ernest Saxer et d’Émile Wick et après un vol ponctué de plusieurs étapes (Florence, Rome, Brindisi, Athènes, Rhodes, Nicosie, Damas, Bagdad, Abadan, Buschir, Dschask, Jiwani, Karachi, Ahmedabad, New Delhi, Katmandou), le ‘Yeti’ rejoint Pokhara, qui servira de base de départ pour l’expédition.

Le premier vol de ravitaillement intervient le lundi 28 mars, à 5 200 m d’altitude. Le 30 mars, l’appareil est immobilisé 48 heures pour réparation de la dérive, d’autres problèmes techniques survenant les jours suivants. L’avion est même cloué au sol le mercredi 13 avril pour changement de moteur.

LE CRASH DU ‘YÉTI’

Le jeudi 5 mai 1960, au cours du 17e vol, le ravitaillement prévoit un atterrissage au col Nord Est, à 5 200 m d’altitude, au Dhampus Pass. Au moment de redécoller, Ernest Saxer se retrouve avec le pommeau du manche à balai dans la main et ne contrôle plus le ‘Yeti’, qui heurte alors violemment le glacier, puis est gravement endommagé : hélice tordue, moteur, ailes et plan fixe. Par bonheur, les deux pilotes ne sont que légèrement blessés mais doivent rejoindre la vallée par leurs propres moyens. Emile Wick dira dans ses souvenirs : « Nous sommes les seuls à avoir descendu le Dhaulagiri sans l’avoir jamais escaladé… »

En raison de l’altitude et de l’étendue des dégâts, il est, bien naturellement, inenvisageable de réparer l’appareil sur place. Quant à le récupérer… Il est donc finir condamné à finir dans le massif de l’Himalaya.

Pour Pilatus Aircraft, cette expédition démontre toutefois les capacités exceptionnelles de son PC-6 Porter, avion devenu mythique et qui équipera, entre autres, la compagnie française Air Alpes.

LE SOUVENIR ‘DU YÉTI’

Au début des années 2000 une équipe de passionnés se rendra au Népal pour tenter d’en rapporter quelques éléments afin de les exposer au Musée des Transports de Lucerne (Canton de Lucerne/Suisse). Malheureusement, après 40 ans passés en altitude, dans le froid est dans l’humidité, il ne reste plus grand chose de l’avion.

En 2016, le Pilatus PC-6/350-H2 immatriculé N283SW (aux USA, donc) s/n 540 est mis en vente. Philipp Sturm, pilote de la compagnie suisse Fly Alaska et passionné par le Pilatus PC-6 Porter, rachète cet appareil pour le remettre aux couleurs du ‘Yeti’. En mai 2016 il est présenté revêtu de sa nouvelle décoration au Salon Aero de Friedrichshafen (Allemagne).

Depuis septembre 2016, l’avion est exposé au Musée des Transports de Lucerne.

ÉPILOGUE

De cet article, il faut retenir que ce mardi 4 mai 2021 est le soixantième-deuxième anniversaire du premier vol de l’appareil qui nous intéresse dans l’article.

On pourrait évidemment se gausser de la qualité de la solidité des matériels Swiss Made, mais l’incident du glacier du Daulaghiri n’est pas représentatif de la solide réputation de la marque…

Plus grave est le manque de puissance du moteur de 340 CV, dont seront également victime les co-fondateurs de la société Air Alpes, Michel Ziegler et Robert Merloz en testant le Pilatus PC-6 immatriculé HB-FAZ au dôme du Goûter le vendredi 1er septembre 1961.

Heureusement, Joseph Szydlowsky, président de la société Turbomeca s’attaque au problème en proposant l’adaptation d’une turbine Turbomeca Astazou de 523 CV, ce qui change tout en haute montagne. Le PC-6 devient le PC-6A Turbo-Porter et réalise son premier vol le 2 mai 1961. Un exemplaire de cet avion est livré à Air Alpes le 2 février 1962 par Joseph Szydlowsky en personne. La version PC-6B est équipée d’un Pratt & Whitney Canada PT6A-6. Cette version effectue son premier vol en mai 1964.

De nos jours dans le civil, le PC-C Turbo Porter équipe de nombreux centre de parachutiste en France. Il peut emporter 9 parachutistes dans sa version B2H2 et 10 dans sa version B2H4.

Éléments recueillis par Bernard Amrhein


SOURCES

 

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