4 novembre 1920 – L’Italien Elia Liut franchit les Andes occidentales équatoriennes et devient le « Condor des Andes »


Né en Italie le mardi 6 mars 1894, Elia Liut Giusti passe une partie de sa jeunesse en Argentine, avec son père et l’un de ses frères. De retour dans son pays d’origine, il s’engage dans l’aviation militaire pour prendre part au premier conflit mondial. En 1916, il devient effectivement pilote de guerre à l’École d’aviation de San Giusto, à Pise. Plusieurs années plus tard, il avouera avoir falsifié la signature de son père sur l’autorisation parentale nécessaire à l’acceptation de son engagement, tout cela afin de pouvoir assouvir son rêve…

Affecté à l’Escadron n° 75, il réalise des vols d’essai ainsi que des simulations de combat aérien. Âgé de 25 ans en 1919, Liut pilote un Marchetti Vikers Terni, avec lequel il réalise un record de vitesse.

La même année, avec son camarade pilote Cosme Rennella, il rencontre le consul d’Équateur en Italie, Miguel Valverde. Le diplomate lui propose de rejoindre Quito afin d’y créer une école d’aviation rayonnant sur toute la région andine. Elia Liut a déjà vécu en Amérique du Sud et l’idée d’y retourner le séduit. Il acquiert donc un Macchi Harriot HDI qu’il baptisera, un peu plus tard, « Telégrafo I ».

Cependant, en Équateur, rien ne se passe comme prévu. En effet, le consul Valverde abandonne le projet en avril 1920 alors que Liut est persuadé que tout est réglé comme prévu. Même le plan de repli ne fonctionne pas. En effet, le haut commandement militaire n’est pas convaincu de l’utilité d’une aviation militaire, ce qui conduit le représentant de Liut, Adolfo Bossio, à proposer ses services au gouvernement péruvien. De Quito, la capitale, l’équipe se déplace donc vers Guayaquil, sur l’océan Pacifique pour essayer d’embarquer, avec l’avion, vers le port péruvien de Callao.

Une fois arrivé à Guayaquil, Bossi rencontre le propriétaire d’un restaurant italien, à qui il raconte ses déboires à Quito. Celui-ci le met en relation avec José Abel Castillo, le propriétaire du plus grand quotidien de la ville, « El Telégrafo », qui accepte de l’aider. En effet, en quête de nouveaux abonnés, il veut distribuer ses journaux dans les autres villes de la région en utilisant la voie des airs. Enfin, Liut arrive à Guayaquil en juillet 1920, avec son avion démonté et mis en caisses, et accompagné de deux mécaniciens, Giovanni Fedelli et Giovanni Ancilloto.

Après remontage de l’avion dans les cours du collège Cristobál Colón, Liut commence à réaliser des démonstrations aériennes au Jokey Club Plaza, un hippodrome alors situé au sud de la ville.

Pendant les fêtes d’octobre, le nom de Liut circule dans cette ville de 100 000 habitants. C’est alors qu’un comité en provenance de la ville de Cuenca, la capitale de la province de l’Azuay située à 2 350 mètres d’altitude moyenne, offre au pilote d’y effectuer des exhibitions le jour du Centenaire de l’Indépendance du pays, c’est-à-dire le mercredi 3 novembre 1920… ce qui signifie qu’il faudrait re-démonter l’appareil pour le transporter là-bas. Liut refuse cette option et étudie la possibilité d’effectuer un vol direct Gayaquil/Cuenca. C’est donc la première fois qu’un aviateur réaliserait une traversée des Andes équatoriennes.

Malheureusement, la tentative du mercredi 3 novembre doit être reportée au lendemain à cause de mauvaises conditions météorologiques. Le jeudi 4 novembre, à 10 h 30, Liut décolle de Guayaquil en emportant une première sacoche de courrier ainsi que des exemplaires du « El Telégrafo » et s’envole vers Cuenca.

Le vol proprement dit ne dure qu’une heure et, à l’atterrissage, Liut est acclamé par la foule comme « le Conquérant des Andes » ou comme « Le Condor des Andes », au choix. Les journaux « El Telégrafico » et « El Comercio » relatent l’exploit en premières pages et en gros titres des éditions du lendemain.

Ensuite, le pilote effectue des exhibitions à Riobamba et Quito. Fereruci Guicciardi, un autre aviateur italien, prend le relais pour les démonstrations d’Otavalo, Tulcán, Pasto et Cali.

Ensuite, José Abel Castillo rachète l’avion et en fait don à l’École d’aviation équatorienne qui se crée le mardi 12 juillet 1921, et dont Liut devient le premier directeur.

Liut finit par s’installer dans la capitale où il épouse Carmela Angulo, puis abandonne l’aviation pour l’agriculture.

Liut pilote un avion pour la dernière fois en 1952, en survolant trois fois la ville de Guayaquil. Il meurt d’un infarctus le lundi 12 mai de la même année.

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Publié sur le site Puso Guyaco (voir source), l’article original de Jorge Villón a été traduit librement de l’espagnol par Bernard Amrhein, puis amendé avec des informations complémentaires le jeudi 3 novembre 2020.

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SOURCES

« El Telégrapho » relate l’exploit d’Elia Liut dans son édition du soir du jeudi 4 novembre 1920…

Photo dédicacée à Roberto Crespo Ordonner, organisateur du vol Guayaquil/Cuenca…

Photo (toujours dédicacée) du Macchi Harriot HDI « Telégrafo I »...

 

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